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Plaisante conversation

Muse5
31 décembre, 2008

William LAWES (1602-1645)

Consorts avec Harpe

Liste des morceaux

Consort 1  en Sol mineur : Allemande, Courantes et Sarabande
Consort 2 en Sol mineur : Air, Courantes et Sarabande
Consort 3 en Sol Majeur : Allemande, Courantes et Sarabande
Consort 4 en Ré mineur : Airs, Courante et Sarabande
Consort 5 en Ré Majeur : Allemande, Courantes et Sarabande
Consort 6 en Ré Majeur : Allemandes, Courantes et Sarabande
Consort 7 en Sol Majeur : Air
Consort 8 en Sol Majeur : Pavane et divisions
Consort 9 en Ré Majeur : Pavane et divisions
Consort 10 en Sol mineur : Pavane et divisions
Consort 11 en Ré mineur : Fantaisie

 

Maxine Eilander (harpe), Stephen Stubbs (théorbe et guitare), David Greenberg (violon baroque)

Les Voix humaines : Susie Napper et Margaret Little (violes de gambe)

73’39, Atma, enr. 2008

Extrait : 2nd Consort en sol mineur 

Après la superbe intégrale de Monsieur de Sainte-Colombe précédemment chroniquées sur ces pages, les Voix humaines se sont alliées à  d’autres artistes pour nous permettre en cette fin d’année 2008 de découvrir et d’apprécier un instrument trop méconnu dans un répertoire particulièrement valorisant. La harpe en effet reste aujourd’hui encore un instrument énigmatique tant les formes qui la présentent sont variées ; on distingue notamment la harpe triple (apportée du continent en Angleterre par le français Jean LeFlesle au début du XVIIe siècle), et la harpe irlandaise destinée habituellement à la musique folklorique. Une des premières tâches des musiciens fut donc de déterminer le type de harpe sur lequel ces œuvres de William Lawes eussent été jouées. Stephen Stubbs expose dans le livret les différents arguments en faveur de l’un ou de l’autre des deux instruments ; c’est finalement la harpe triple qui l’emporta, entre autres parce qu’elle permettait d’effectuer des passages chromatiques alors que sa consœur se limitait encore à un registre diatonique et que tout ce qui venait de France était fortement prisé dans les années 1630.

Le huitième Consort en Sol Majeur –par lequel débute le disque – annonce dès lors l’atmosphère globale de l’enregistrement : paisible et distrayante. La musique de William Lawes se présente ici comme une agréable discussion où les instruments dialoguent sur un ton cordial ; chacun dispose du temps nécessaire pour exprimer et développer ses idées ensuite reprises ou contestées par les autres interlocuteurs. La viole de Margaret Little, au son ample et profond, conclue ses phrases par un même motif, refusant aimablement les dires des autres protagonistes. Par le temps gris et pluvieux qui règne depuis fort longtemps sur nos froides contrées, cette musique apparaît comme une éclaircie porteuse d’un peu de chaleur ; les accords égrenés à la harpe ou au théorbe deviennent crépitements d’un feu de cheminée.

Mais n’allons pas croire que nos compagnons s’abandonnent à une molle nonchalance, si complaisante soit-elle, loin s’en faut ! Le troisième Consort est l’exemple même de la grande virtuosité que requièrent ces œuvres car tout en menant sa propre partie, chaque instrumentiste se doit d’être attentif aux jeux de ses comparses, ajustant ainsi nuances et ornements pour former un seul être aux milles facettes. Le tempo, très précis, est enjoué, le violon espiègle et fougueux. Chaque phrase est précédée d’un temps de « pause » où le jeu des musiciens s’apaise pour mieux repartir, prodiguant une grande clarté à la partition. N’oublions pas que ce sont avant tout des airs de danse, nécessitant des moments de repos, de reprise d’élan que les musiciens rendent ici avec talent, sans jamais rompre la ligne mélodique, laissant résonner les notes l’espace d’un instant avant de repartir.

A sa suite, le onzième Consort en Ré mineur illustre parfaitement l’écriture « individuelle » de chaque voix qui pourrait chacune constituer des pièces pour instrument solo. Terriblement exigeante, la rythmique fait alterner douces accalmies (où le silence a son importance) et motifs pyrotechniques où les musiciens restent en parfaite concertation, se faisant écho les uns des autres.  Une des plus belles pièces de cet enregistrement est sans doute le second Consort en sol mineur ; David Greenberg se retire un peu dans les voix intermédiaires, laissant à Maxine Eilander le champ libre pour une virtuose expression. Souple et  délicat, son jeu nous laisse apprécier le timbre coulant de la harpe, perlé de mélancolie, qu’un important travail de nuances met en valeur.

C’est sur un duo pour guitare et harpe que s’achève ce disque ; le timbre de chacun des instruments est rendu avec une grande fidélité de par une prise de son claire et proche. Là encore, la musique semble suivre son bonhomme de chemin paisiblement mais des sursauts de-ci de-là nous rappellent la grande maîtrise technique demandée aux interprètes notamment dans l’exécution des cadences.

Ce premier enregistrement de l’intégral des Consorts avec harpe de William Lawes est donc l’occasion d’apprécier pleinement les charmes de la harpe triple (à cordes en boyaux nous précise le livret) dans une interprétation très sensible. Espérons que Maxine Eilander et Stephen Stubbs poursuivent leur travail de recherche et de reconstitution dans l’attente d’un prochain enregistrement aussi prometteur !

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son claire et spatialisée.