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Pleins feux

Muse4
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2012

Giovanni Battista PERGOLESI (1710-1736) 

Operas arias

Liste des airs

L’Olimpiade : Sinfonia avanti l’opera, « Qual destrier, che all’alberge è vicino » (Licida, acte I, scène 3), « Gemo in un punto e fremo » (Licida, acte II, scène 15)

Il Prigionier superbo : Sinfonia avanti l’opera, « Trema il core, s’oscura il cielo » (Metalce, acte III, scène 7), « Che fiero martire » (Metalce, acte I, scène 3), « Trucidati a queste piante » (Metalce, acte II, scène 6)

La Salustia : Sinfonia avanti l’opera, « Mostro crudele orrendo » (Marziano, acte III, scène 12), « Si, tiranna, fra dure ritorte » (Marziano, acte III, scène 5), « Talor del fiume altero » (Marziano, acte II, scène 2), « Per trucidar la perfida » (Marziano, acte I, scène 9)

Adriano in Siria : Sinfonia avanti l’opera, « Dal labro che t’accende » (Adriano, acte I, scène 1), « Fra poco assiso in trono » (Adriano, acte III, scène 8), « Tutti, nemici e rei » (Adriano, acte II, scène 5)


Daniela Barcellona, mezzo

Concerto de’ Cavalieri :
Violons : Francesca Vicari (solo), Antonio De Secondi (solo), Paolo Perrone, Rossella Croce, Marialuisa Barbon, Laura Corolla, Giancarlo Ceccaci, David Simonacci
Altos : Piero Massa, Laura Corolla
Violoncelles : Giovanna Barbati (solo), Diego Roncalli
Contrebasse : Libero Lanzilotta
Hautbois : Guido Campana, Aviad Gershoni
Cors : Ermes Pecchinini, Dimer Maccaferri
Trompettes : Andrea Di Mario, Domenico Agostini
Timbales : Elisabetta Di Filippo
Théorbe, guitare : Luca Tarantino
Clavecin : Roberto Lorregian

Direction Marcello Di Lisa

58′, Sony Music/Deutsche Harmonia Mundi, 2012.

Le maestro Marcello Di Lisa nous propose ici un panorama ramassé mais assez complet de l’œuvre de Pergolèse, compositeur emporté par la tuberculose à l’aube de sa carrière musicale. L’enregistrement est structuré autour de quatre opéras sérias, avec leur ouverture, suivie d’extraits chantés par la mezzo Daniela Barcellona. Les ouvertures offrent le champ libre à l’orchestre Concerto de’ Cavalieri pour donner la pleine mesure de son talent.

Sous la baguette vive et expressive du chef, les cordes se déchaînent pour mieux s’assagir ensuite dans les mouvements lents (celui du Prigionier superbo est impeccablement scandé) ou pour ciseler finement les nuances (dans l’ouverture de La Sallustia). Mais les démonstrations les plus convaincantes demeurent les pages orchestrales introductives d’Adriano in Siria dont nous avions critiqué la superbe intégrale de Dantone chez Opus Arte (attaques échevelées du premier mouvement, mouvement lent empli de nuances délicates et expressives, éloquence mesurée du troisième mouvement)  et surtout de l’Olimpiade : attaques appuyées des cordes fougueuses, cuivres frissonnants, menés à un rythme très enlevé qui met en relief la dynamique sonore.

Dans ce tourbillon musical de bon aloi, Daniela Barcellona a parfois un peu de peine à imposer sa présence. C’est particulièrement le cas dans le premier air de l’Olimpiade (« Qual destrier »), où les tempi très (trop ?) rapides mettent à mal sa diction et la relèguent un peu à l’arrière-plan, tandis que l’orchestre rehaussé de cuivres éclatants brille de tous ses feux. Les ornements sont toutefois impeccablement enchaînés, tandis que des trompettes flamboyantes accompagnent avec bonheur le final. Dès le « Gemo in un punto » la voix se pose de manière plus affirmée, et se montre tout à fait convaincante.

 

Daniela Barcellona © Studio Amati Bacciardi

Dans Il Prigioner superbo, nous avons apprécié le timbre grave, bien adapté aux sombres couleurs du « Trema il cor ». Le « Che fiero martire » révèle une diction soignée, délicatement soulignée de cordes aériennes, qui s’épanche dans un phrasé expressif, tandis que le « Trucidati » revient à un rythme plus animé, joliment agrémenté d’un timbre bien cuivré. Dans le « Mostro crudele » la voix demeure affirmée face à l’orchestre, mais là aussi le rythme rapide fait obstacle à la clarté de la diction. La mezzo est en revanche tout à fait à son aise dans le « Si, tiranna », impeccablement scandé, et enchaîne avec bonheur les mélismes dans le « Talor del fiume », aérienne au sein des cordes frémissantes. « Per trucidar la perfida » met en valeur son expressivité, à travers des contrastes appuyés.

Le récital s’achève sur les airs d’Adriano in Siria, impeccable démonstration du talent d’une Barcellona servie à point par l’orchestre pour un « Dal labro » au phrasé délicat soulignant les moindres nuances, un « Fra poco » particulièrement expressif, et un « Tutti, nemeci e rei » où la voix déchaîne ses fureurs sous le rythme emporté des cordes frémissantes, comme un brillant feu d’artifice final. Sur la base de ce récital particulièrement convaincant, on ne peut s’empêcher de se demander : maestro, à quand une intégrale ?

Précisons pour compléter que l’enregistrement est accompagné d’un livret, avec le texte des airs en italien et leur traduction en anglais, et d’une notice trilingue (anglais-français-allemand) sur l’œuvre de Pergolèse, la cantatrice, le chef et son orchestre.

Bruno Maury

Technique : prise de son correcte mais voix parfois reléguée à l’arrière-plan