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« Plus vous les tournez en boucle, mentalement ou en soufflant, plus vous avez le sentiment de vous perdre, de vous abîmer en elles, de n’être qu’un médium littéralement « enchanté » » – Pierre Hamon

Museor
31 décembre, 2007

« HYPNOS »

Liste des airs

Ofrenda de Mario Lavista (1986)
Omaggio Kogui de Pierre Hamon (2006)
Ritual 1 et 2 de Pierre Hamon (2007)
Hypnos linea II et V de Pierre Schœller (2007)
Dès le petit jour, traditionnel arménien
Al Leanezig Izabel, traditionnel breton
Las Estrellas de los cielos, chanson Sépharade
Bele doette, chanson anonyme du XIIIe siècle
Ghaetta, estampie anonyme XIVe siècle italien

Guillaume de MACHAUT (1300 – 1377)

Dame je weil endurer
Douce Dame jolie
Comment qu’à moy lontaine

hypnos_hamonPierre Hamon, flûtes
Vivabiancaluna Biffi, vièles
Michale Grébil, cistres et luth médiéval
Carlo Rizzo, tambourins
John Wright, guimbarde 

52’76, Zig-Zag Territoires, enregistré en 2007.

Nous ne nous adonnerons pas ici à une description verbeuse, pas plus que nous n’essaierons d’analyser de manière rigoureuse les différents morceaux présents sur ce disque, tout cela serait futile. L’enregistrement que nous propose Pierre Hamon est de ceux qui s’écoutent seul dans une pièce silencieuse, à l’heure où toute activité autre que l’immobilité et le vagabondage de la pensée veut et doit être bannie, c’est une nécessité. Inutile de tamiser les sources de lumière ni de faire brûler de petits cônes d’encens, il suffit de se tenir assis ou couché, et de se laisser prendre, de s’abandonner. Des côtes armoricaines à la Colombie, de Guillaume de Machaut à Philippe Schœller se dessine un fil rouge qui nous renvoie à l’essence de la musique, à son pouvoir envoutant, guérisseur, transcendant. Une force, sûre, puissante, se dégage de ces airs traditionnels, une force qui dérange parce qu’elle agit et exerce sur nous en emprise, une séduction bienfaisante. Resurgissent alors des odeurs, des paysages, des sensations, on ne sait quoi de profondément intime et étranger à la fois. Peut-être est-ce dû au souffle, celui du musicien, celui de la vie et du vent, celui des choses qui passent trop vite et que l’on ne peut retenir. Un souffle rythmé par les battements du cœur ou par ceux du tambourin, coloré par le soleil, le cistre et la vièle.

Comment rester indifférent à ces chants émanant des entrailles de l’humanité, fruits des peurs, des joies, lancés comme des appels et qui viennent aujourd’hui, pour chacun, tenir place de réponse à des questions que l’on n’ose formuler ? En plus de nous offrir une interprétation originale et très personnelle, Pierre Hamon et ses « complices » nous invitent à vivre une forte expérience intérieure par la découverte d’un répertoire souvent considéré comme mineur car trop peu « savant » au regard de la musique occidentale que les quidam englobent sous le nom de classique. 

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son aérée et fidèle.