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Époustouflant violon (Corelli et al., Sonates pour violons, Pramsohler – Audax Records)

Muse5
8 décembre, 2014

Corelli – Telemann – Leclair – Handel – Albicastro

Sonates pour violons et basse continue

 

Pramsohler AudaxArcangelo Corelli ( 1653-1713)
Sonata in D Major for violin and basso continuo, Op.5, No.1

Georg Philipp Telemann (1681-1767)
Sonata in A Major for violin and basso continuo (Musique de Table), TWV 41:A4 

Jean-Marie Leclair (1697-1764)
Sonata in E Minor for violin and basso continue, Op. 9, No. 6 

George Frideric Haendel (1685-1759)
Sonata in D Major for violin and basso continuo, HWV 371 

Giovanni Henrico Albicatro (c.1660-c. 1730)
Sonata “La Follia” in G Minor, Op. 5, No. 6

Johannes Pramsohler, baroque violin
Philippe Grisvard, harpsichord*
*Continuo

1 Coffret-livret  1 CD, Audax records, 65’22, 2013

Selon Johannes Pramsohler, ce présent enregistrement sous le label Audax records, fondé en 2013 par lui-même et un ami, n’est question au fond que d’une époustouflante musique pour le violon. Face au succès rencontré par le premier CD « Pisendel : Concertos pour violon de Dresde », Pramsohler, talentueux violoniste, enregistre donc un récital de musique écrite pour le violon par les plus brillants compositeurs de l’époque, à savoir Corelli, Handel, Telemann, Leclair et Albicastro.

Pour interpréter ces œuvres, Pramsohler, s’appuie sur une solide technique violonistique, un doigté précis, des coups d’archet nets et francs, une quête incessante des effets. L’écoute de ce CD apporte une richesse stylistique et une mine d’informations, notamment celle de la diversité des mouvements permettant ainsi une identification aisée de ceux-ci.

Pendant la période baroque et classique, un mouvement de musique est généralement affecté d’un seul et unique tempo. Les compositeurs ont donc pris l’habitude de désigner chaque mouvement soit par l’intitulé « officiel » de son tempo – allegro, adagio, andante, etc – soit, dans le cas de la suite de danses, par le nom de la danse – Sarabande, Gigue, Allemande, Courante, Gavotte, etc. Un parfait équilibre entre les formes et le contenu s’accomplit et libère l’auditeur de tous ces maux quotidiens en atteignant la sérénité tant recherchée…

Le timbre de cet enregistrement n’en est pas moins inintéressant. Pramsohler joue sur un violon Rogeri datant de 1713. Le claveciniste Philippe Grisvard, nancéien de souche, assure le continuo et ce avec une musicalité innée. Dans la Sonata in D Major pour violon et basse continue, Arcangelo Corelli s’émancipe de la forme traditionnelle à quatre mouvements juste pour mettre en exergue son savoir-faire et sa grande virtuosité violonistique. Tout en paraissant complexe, « sa » musique reste cependant accessible par son prodigieuse simplicité.

Pramsohler ne se place pas comme le fidèle interprète. Il crée, réinvente les couleurs, le son. D’ailleurs, le premier mouvement Grave – Allegro  – Adagio pose d’entrée la qualité de son jeu.

Avec Georg Philipp Telemann, le sérieux est de mise. La Sonata in A Major se fait remarquer par son côté circonspect, sage que par le côté dansant, turbulent  surtout dans la seconde partie de la Musique de Table. Même si Jean-Marie Leclair ne se sert d’abord du violon que pour la danse puisqu’il débute comme danseur au Théâtre de Rouen, il prend vite conscience de son talent face aux compliments reçus pour quelques airs de ballets qu’il avait composés. Giovanni Battista Somis, auteur de ces compliments, le prend comme élève. Face aux progrès rapides, Leclair renonce à la danse pour se consacrer à la musique. Il n’est pas à démontrer la solidité de ses compétences de compositeur. L’allemande, à elle seule, impose le talent de l’Aîné en étant la pièce la plus construite. En digne « héritier » de Corelli, Haendel compose les deux premiers mouvements de sa sonate in D Major dans une écriture liée et fuguée. Le clavecin, dans son accompagnement, ponctue et soutient le son émanant du violon. Ils sont amoureux, leur tendresse respective émeut. L’affetuoso se montre divin…

Le dernier compositeur, à l’honneur dans cet enregistrement, s’appelle Giovanni Henrico Albicastro, de son vrai nom Johann Heinrich von Weissenburg. La pièce choisie par Pramsohler s’intitule Sonata  “La Follia” in G Minor. Il évite la monotonie en diversifiant le plus possible par une série de variations dynamiques. Les deux voix dialoguent, s’imitent. La follia est accompagnée du clavecin improvisant des accords.

Corelli, Telemann, Leclair, Handel et Albicastro, par l’intermédiaire de Pramsohler et Grisvard, conjuguent leurs talents et les mettent au service de cette époustouflante musique pour le violon…

Jean-Stéphane Sourd-Durand