Close

Provenzale, La Stellidaura Vendicante – Academia Montis Regalis, de Marchi, de Carpentries – Postdam, 16/06/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
7 septembre, 2014

FRANCESCO PROVENZALE 

La Strellidaura Vendicante

 

© Musikfestspiele Potsdam Sanssouci/ Foto:  Rupert Larl

© Musikfestspiele Potsdam Sanssouci/ Foto: Rupert Larl

Stellidaura – Raffaella Milanesi
Orismondo – Carlo Allemano
Armidoro – Adrian Strooper
Armillo – Hagen Matzeit
Giampetro – Federico Sacchi
Aurélie Rémy et Morgane Lambinet – Actrices 

Academia Montis Regalis
Dir. Alessandro de Marchi
m.e.s. : François de Carpentries
Décors et costumes : Karine Van Hercke

Lundi 16 juin – Hans Otto Theater, Potsdam dans le cadre du Musikfestspiele Potsdam 2014 

Il est des œuvres qui enflamment le cœur sans raison apparente et qui brisent toute notion avec le temps pour quelques heures. Proposition originellement du Festival d’Innsbruck, la redécouverte scénique de La Stellidaura Vendicante de Francesco Provenzale est un cadeau de magma enflammé de Naples pour le public de Potsdam.

Francesco Provenzale (1624 – 1704) est un des compositeurs les plus prolifiques du XVIIème siècle Napolitain. Depuis sa mort, l’oubli a pris le pas jusqu’à la redécouverte baroque dans les années 1990, Antonio Florio enregistre sa musique liturgique et son superbe oratorio La Colomba Ferita. L’écriture dramatique de Provenzale est très expressive, tellement théâtrale qu’elle porte à des sommets de sentiments la vocalise et le récit. Cette Stellidaura Vendicante qui est à peu de choses près quasiment la même que Fidelio, est transportée de passions contradictoires et des coups de théâtre dignes des pièces baroques espagnoles. Ce qui est fascinant de cette Stellidaura c’est le mélange de genres, parfois grotesque, parfois caricatural ou mélodramatique mais profondément touchant. Parmi les airs les plus envoutants sont le duo d’Armidoro et de Stellidaura « Caro, cara » ; l’air de Stellidaura « Ferma » ou celui d’Orismondo  « Tra pianti e sospiri ».

Une recréation est souvent un pari pour l’avenir. Si la redécouverte est réussie, par un remords émerveillé, le public s’entiche d’un musicien, d’une œuvre et le plébiscite la fait accéder à l’immortalité. Tel est en ce moment le cas de l’opéra rococo et petit à petit de Cavalli. L’école napolitaine du XVIIème siècle ne commence à peine qu’une discrète apparition dans les programmations des festivals. Tout a un début. Espérons que l’aube ne porte pas, pour ces musiques, les couleurs du crépuscule.

Production scénique du Festival d’Innsbruck 2012, cette Stellidaura Vendicante retrouve la scène du Théâtre Hans Otto de Potsdam pour deux dates inaugurales du Festival de Potsdam-Sanssouci. Point de départ scénique de la thématique « Méditerrannée » de cette édition du Festival de Potsdam, cet opéra napolitain gardait des promesses de soleil et de feu.

Dans une mise en scène il est impossible que tout soit idéal. Dans cette reprise de Stellidaura Vendicante, l’univers onirique et souvent nocturne de François de Carpentries nous rappellent les torrides nuits méditerranéennes où l’on ne dort pas mais où l’on se livre aux caprices de l’amour noctambule et secret. François de Carpentries ajoute à un décor baroque, une touche de réalisme magique, une sorte de Garcia Marquez sauce napolitaine. Que ce soient par les costumes ou la direction d’acteurs, cette mise en scène témoigne d’une réelle lecture de l’opéra comme un axe narratif des passions. François de Carpentries excelle dans l’onirisme, dans la conjugaison des situations et leur défi stylistique. Une belle mise en scène en définitive, dont on espère vivement une reprise en France. 

Le cadre du drame mis en place, il ne reste que les cœurs pour s’affronter. Et la guerrière fait hélas défaut. En remplacement de l’étonnante Jennifer Rivera qui recréa le rôle à Innsbruck et au disque, Raffaella Milanesi s’avère assez décevante. Tout d’abord, nous ne retrouvons aucun investissement théâtral significatif. Surtout pour ce rôle créé par la commanditaire Giulia de Caro en 1674 qui mélangeait le jeu et le chant. Un rôle pour une tragédienne accomplie. Malheureusement, Raffaella Milanesi reste en deça du niveau du plateau, avec une voix qui peine à se projeter et des décalages constants avec la fosse et ses collègues dans les ensembles. Nous déplorons ce raté, madame Milanesi nous a fait connaître des jours meilleurs. 

Face à elle, l’excellence absolue de Carlo Allemano. Il campe un Orismondo tout en nuances vocales et histrioniques. Faut-il le dire ? Carlo Allemano possède un instrument à la mesure des plus grands ténors, mais, il a l’intelligence et le soin de l’adapter pour toute sorte de répertoire. Qualité rare en définitive de cet artiste complet qui nous émeut par chaque intervention et dont les ornementations sont un véritable manège de couleurs et d’émotions. 

Dans le rôle du jeune amant, Armidoro, le ténor Adrian Strooper n’est pas démuni de talent mais ne nous charme pas. Son instrument est joliment posé, mais reste décoratif malgré la partition. Il ne suffit pas pour des rôles comme celui-ci de chanter juste mais de savoir trouver l’émotion. 

Mis à part Carlo Allemano, ce sont finalement les rôles secondaires qui se démarquent dans la distribution. Dans le rôle désopilant et décalé du suivant Armillo, Hägen Matzeit déploie une voix d’un timbre agréable et avec des belles couleurs. 

La palme de cette production va à Federico Sacchi, qui a remplacé au pied levé Enzo Capuano dans le difficile rôle de Giampietro. Adoptant les émoluments du dialecte calabrais et les saltimbanques de la mise en scène nous sommes abasourdis de l’incroyable flexibilité du chanteur et la réactivité du comédien.

Dans la fosse la merveilleuse Academia Montis Regalis se surpasse et fait exploser les couleurs de cette partition, les passions qui la consument et la rendent à l’avenir avec une force étonnante. Alessandro de Marchi suit avec élégance et onirisme ce parcours vers les hauteurs du Parnasse pour y consacrer le génie de Provenzale. 

La nuit au bord du Tiefersee semblait aussi claire que celle que bien de peintres immortalisaient au bord de la Baie de Naples, mais pas de Vésuve ici, en tout cas visible, puisque la lave battait sous les thorax des spectateurs émus par tant de feu.

Pedro-Octavio Diaz

Vers le sommaire