Close

Puisque le ciel le veut ainsi

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2010

« Et la fleur vole »

Airs à danser et airs de cour autour de 1600

 

Annie Dufresne, dessus
Les Musiciens de Saint-Julien
François Lazarevitch, direction, flûtes et musettes 

1 CD, 66’07, Alpha 167, 2010.

Après s’être penché sur la musique d’inspiration pastorale du XVIIIe siècle dans À l’ombre d’un ormeau (Alpha 115) et Le Berger poète (Alpha 148), Les Musiciens de Saint-Julien remontent encore le temps et nous plongent cette fois dans l’ambiance du début du baroque français, au tournant du XVIIe siècle. Au cour d’un programme original mêlant danses (branles, bourrées, passepieds, gaillardes et allemandes), airs de cour et airs à danser, on se prend à imaginer avec les oreilles ce que pouvait être le règne d’Henri IV.

Et à l’écoute de ces sonorités vertes et enlevées, l’on ne peut s’empêcher de songer « quelle galanterie ! » La voix d’Annie Dufresne se révèle légère et agile, pleine de charme. Les paroles ne sont pas toujours intelligibles, mais la ligne est pure et l’ornementation de bon goût. Écoutez « Je voudrois bien, ô Cloris « pour vous en convaincre : de ce petit air d’Antoine Boësset, elle fait un moment magique, alors que François Lazarevitch a eu l’excellente idée de souligner un couplet de contrechants de flûtes, d’en reprendre un seulement avec les instruments ; le son de trois flûtes qui sonnent comme un seul instrument…

La galanterie, au-delà des airs de cour, est aussi celle des danses. La musette n’est pas un instrument bas : c’est un instrument au son sérieux, un peu mélancolique, même. Et Son bourdon loin de s’avérer pesant envoûte. Que dire encore, si ce n’est que la vulgarité et l’outrance qui guettent à chaque moment dans ce répertoire — surtout dans les danses, qui pourraient vite s’avérer ennuyeuses — n’effleurent jamais les oreilles.

On ne s’étonne pas, d’ailleurs, tant tout semble évident : Les timbres variés - flûtes, musettes, violon, luth, théorbes, guitares… -  le rythme omniprésent, parfois délicatement soutenu par les percussions. C’est plus qu’un savoir : c’est un savoir-faire. Ars : l’art, la technique. Celle de l’ornementation, subtile, jamais ne perdant l’auditeur. Les danses dansent réellement, et comme on regrette de n’en savoir pas les pas ! Puisque nos oreilles le veulent ainsi, soupirons et dansons comme au temps du bon roi Henri alors que vole la fleur.

Loïc Chahine

Technique : bonne prise de son précise.