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« Quand on joue, on ne pense pas : on a pensé. »

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
2 février, 2013

De Louis Couperin à Jacques Duphly
 

Pierre Hantaï, clavecin

Pierre Hantaï – DR

Samedi 2 février, 22h (dans le cadre de la Folle Journée 2013)

Pierre Hantaï a composé un programme couvrant, chronologiquement, la majeure partie de l’école française de clavecin : de Louis Couperin (vers 1626–1661) à Jacques Duphly (1715–1789) en passant, bien sûr, par François Couperin et Jean-Philippe Rameau.

Disons-le tout net : il nous a régalé. Pierre Hantaï semble être l’émanation exact d’une très belle phrase de Gustav Leonhardt : « Quand on joue, on ne pense pas : on a pensé. » Son jeu n’est ni froid, ni expressionniste : il est juste. Plus : il est intelligent. Il a fait des ornements de la sarabande Les Vieux Seigneurs de Couperin un élément structurant de la pièce — la rendant ainsi magistrale. Son jeu est à tout moment plein de vivacité mais jamais de précipitation. Son sens de la mesure semble infaillible. Son art du phrasé est enchantement et sensibilité.

Sa Suite en la mineur de Louis Couperin a été pour nous un moment de délices infinies, où l’agilité ne fut jamais vaine ; il a porté l’auditeur d’un bout à l’autre de la suite dans un même souffle. Les pièces de Rameau — dont les célèbres Rappel des oiseaux et Tambourin, mais aussi deux gigues en rondeau et une très belle sarabande — qui suivaient étaient du même niveau, avec ce tourbillon, ce sentiment de foisonnement que peut procurer la musique de Rameau… Il n’est guère utile de détailler les quelques autres pièces : tout était de ce très haut niveau. En sortant, nous en étions hébétés.

Avantage des concerts de fin de soirée : le droit aux bis — le reste du temps, pour pouvoir enchaîner avec le concert suivant, les artistes sont priés de ne pas en donner. Pierre Hantaï a prolongé la merveille avec trois bis. C’est tout cela, sans doute, toutes ces qualités ensembles qui font que l’on ressort de là avec le sentiment d’avoir entendu l’un des plus grands clavecinistes de tous les temps.

Loïc Chahine

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