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L’imagination et l’âme (Imaginarium, Enrico Onofri – Ambronay, 20/09/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
28 septembre, 2014

Quatre Saisons

Ensemble Imaginarium, dir. Enrico Onofri

Festival d’Ambronay 2014

 

© Bertrand PICHÈNE, CCR Ambronay

© Bertrand PICHÈNE, CCR Ambronay

Biagio MARINI (1594-1663)
Fuggi dolente core 

Clément JANEQUIN (ca. 1485-1558)
« Réveillez-vous » (Le Chant des oiseaux)

Tarquinio MERULA (1595-1665)
Canzon a quattro la Lusignola 

Marco UCCELLINI (1603-1680)
Sinfonia Boscareccia « l’Arcadica »
Aria nona « l’Ermenfrodito : Maritati insieme la Gallina, e’l Cucco fanno un bel concerto » 

Heinrich BIBER (1644-1704)
Sonata Representativa 

Antonio VIVALDI (1678-1741)
Le Quattro Stagioni, Op. 8 :
Concerto en mi majeur « La Primavera »

Concerto en sol mineur « L’Estate »
Concerto en fa majeur « L’Autunno »
Concerto en fa mineur « L’Inverno » 

Ensemble Imaginarium : Enrico ONOFRI, Alessandro TAMPIERI, Paolo PERRONE (violons), Maria Cristina VASI (alto), Alessandro PALMERI (violoncelle), Simone VALLEROTONDA (théorbe), Riccardo DONI (clavecin & orgue)
Direction Enrico ONOFRI

Samedi 20 septembre 2014 – Abbatiale d’Ambronay, dans le cadre du festival d’Ambronay 

« Les Sonates italiennes remuent avec tant de force les sens, l’imagination et l’âme, que les joueurs de violon qui les exécutent, ne peuvent s’empêcher d’en être transportés. » – Abbé Raguenet

Quel contraste ! Entre cet homme si mince, d’apparence fragile, au sourire jeune mais un peu timide, et le violoniste virtuose débordant de verve et d’énergie, dont le regard de glace vive reflète, lorsqu’il joue, l’animation de son âme ! Enrico Onofri a prouvé ce soir sa maestria absolue du violon baroque, particulièrement manifeste dans l’Opus VIII d’Antonio Vivaldi.

La première partie du concert, dédiée aux compositeurs du premier Seicento, laissa cependant une impression de trop peu…. Trop peu de douceur et de caresses, de respiration et de langueur. L’archet est vif et bouillonnant, actif, mordant. Le violon volubile révèle sa forte personnalité par d’heureux jeux acoustiques (Sonata Representativa) et des ornements presque subreptices, mais il risque aussi à plusieurs reprises de laisser là son auditeur étourdi. 

Dans la seconde partie en revanche, celle des Quatre Saisons, le timbre grainé et puissant déploie tout son art et sa sensibilité. Les musiciens d’Imaginarium engagent par une même expiration leur être tout entier, à l’instar du danseur qui sait qu’une fois lancé, la marche arrière n’est plus possible. L’entente entre eux est parfaite, et chacun veille aux mouvements du virtuose acrobate qui évolue sans filet, mais en toute liberté. La Primavera scintille de ses fraiches gouttelettes de rosée, un peu naïve mais généreuse ; l’Estate gronde et répand sa chaleur d’orage sous les voûtes de l’abbatiale, laissant échapper de temps à autres des zébrures harmoniques. L’Autunno révèle la complicité des musiciens, la rencontre de leurs intentions, projetés dans une forêt rougeoyante où les feuilles s’ébouriffent en plaisantant. L’Inverno enfin, nous transporte de contraste en contraste, au gré d’une bise capricieuse. Tantôt des bourrasques nous assaillent de frissons, tantôt un soleil lointain mais rassurant nous réconforte par une ornementation sensuelle et roucoulante (« Largo »). Exploitant jusqu’à l’extrême les possibilités de son instrument, le soliste transmet le figuralisme de ces concertos avec une éloquence saisissante ; ils prennent alors un visage nouveau, vivante. L’œuvre se recrée sous le fil de l’archet. 

Le dernier geste aussitôt achevé, Enrico Onofri retrouve un regard plein de douceur et salut humblement son public admiratif. Restera à jamais gravée l’image de cet homme élégant et réservé, auréolé d’un jeu violonistique époustouflant. 

Isaure Lavergne

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