Close

Quel joyau !

Musemois
8 juillet, 2007

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Georg Philipp TELEMANN (1681 – 1767)

Cantates funèbres

Bach : Actus Tragicus BWV 106 « Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit »
Telemann : Trauerkantate « Du aber Daniel gehe hin »

Elly Ameling (soprano), Maureen Lehane (alto), Kurt Equiluz (ténor), Barry McDaniel (baryton), Aachener Domchor, Collegium Aureum.

Deutsche Harmonia Mundi, enr. 1968. 

Extrait de l’Actus Tragicus

Voici une Muse du Mois qui en surprendra beaucoup. Un vieil enregistrement de 1968, re-édité dans la collection économique Baroque Esprit (DHM) sans livret et avec une jaquette qui frise l’indigence. L’objet ne paie pas de mine. Il est de ceux qu’on achète compulsivement parce que la monnaie alourdit ses poches, et que le nom d’un des meilleurs ténors bachien figure au dos.

On rentre chez soi, en plaçant négligemment le disque sur sa platine tout en enfilant son tablier en peaufinant le rôti de canard sur coussinet de pommes. Et là, c’est le choc. Le quartier de Grany chute lourdement sur le sol et le couteau s’arrête en l’air freiné dans sa course assassine.

Coloris instrumentaux, sûreté des articulations, le Collegium Aureum rappelle le Concentus Musicus d’Harnoncourt à ses débuts, la sécheresse en moins. Il se pourrait que les cordes ne soit pas encore entièrement des instruments d’époque et les chœurs, limpides, sont quand même trop nourris. Qu’importe, ce qui frappe l’auditeur, c’est l’incroyable intelligibilité de l’œuvre, nimbée dans un halo poétique. D’une cohérence qui rend impossible de ne pas écouter chaque cantate dans son intégralité, l’interprétation du Collegium Aureum se caractérise par sa densité, son naturel sans prétention. Le chant et l’accompagnement dénotent des nuances infinitésimales, ci-dans le léger tremblement d’un traverso, là dans l’imperceptible retard d’une note. Les airs se font discours tout autant que les récitatifs avec une fluidité et une opulence toujours teintée de ferveur. Elly Ameling et Maureen Lehane n’abandonnent pas leur habitudes opératiques – un peu trop 19ème – au profit d’une voix blanche mais chantent avec style, réduisent leur vibrato, laissent voler les phrases, insèrent des sons filés. L’approche des intégrales en cours de J.E. Gardiner ou de Suzuki n’est pas si loin. Kurt Equiluz est… Kurt Equiluz. Le meilleur évangéliste jamais rencontré dans les Passions de Bach et l’un des plus grands ténors de sa générations. Sa voix puissante, dramatique, déclamatoire fait toujours merveille. Enfin le baryton charnu et rocailleux de Barry McDaniel s’intègre dans cette équipe de premier ordre avec aisance. Un petit joyau à ne pas rater. 

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son très moelleuse et intime, un peu floue (ADD)