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Quelques galanteries

Muse4
31 décembre, 2008

Johann Georg NERUDA (c.1707-c.1780)

Trio Sonatas & Bassoon Concerto

Sonate en trio No. 2 en Do mineur
Sonate en trio No. 4 en Do Majeur
Sonate en trio No. 5 en Ré mineur
Sonate en trio No. 6 en Ré mineur
Concerto pour basson en Do Majeur

Parnassi Musici : Sergio Azzolini, basson – Wolfang Wahl, alto – Dmitri Dichtar, violoncelle – Ichiro Noda, violone – Hubert Hoffmann, archiluth – Diego Cantalupi, théorbe

64’47, CPO, 2008

Johann Georg Neruda arriva à Dresde en 1741 et débuta sa carrière de violoniste au service  du comte Rutowski, gouverneur de Dresde et descendant d’Auguste le Fort. Soumis à l’influence italienne de compositeurs tels que Corelli, Albinoni ou encore Caldara, il fit publié dans son premier Opus (1764)  des Sonates en trio aux accents  chaleureux et méditerranéens. Ses œuvres s’adressaient avant tout à un public d’amateur d’où une structure claire, une mélodie simple à mémoriser et un caractère plaisant.

Mais commençons par le Concerto pour basson en Do Majeur qui s’ouvre sur un  « Spiritoso » pathétique et    charmant de légèreté. Le basson de Sergio Azzolini - que l’on connaissait pour un excellent enregistrement des Sonates en trio de Telemann (CPO) – s’élance tel un conquérant par une quarte juste pleine de rondeur et se place aussitôt au centre du dialogue. Le timbre – qui n’est pas sans rappeler celui brumeux et étouffé des bassons modernes – laisse percer une grande souplesse d’articulation qui sert merveilleusement l’ornementation ingénieuse de l’italien. Ce gros bourdon ébauche des trilles délicats, tel un amant qui peinerait à retenir un sourire dans un moment de félicité. L’orchestre a quant à lui trouvé la juste mesure entre les passages soli et tutti, s’effaçant quelque peu lorsque le basson prend la parole mais la reprenant  aussitôt que ce-dernier lui en laisse l’occasion. Musique limpide, musique galante, l’on se complait à écouter l’égrenage perlé d’un continuo bien fourni mêlé aux rebondissements moelleux du basson. Après le passage nuageux et mélancolique du second mouvement où l’instrument soliste prit des teintes cuivrées, ce concerto s’achève sur un « Tempo di Menuet » guilleret et dansant d’où émane l’atmosphère paisible et plaisante caractéristique de la musique du XVIIIe tardif.

La Sonate en Do Majeur fait dialoguer les violons de Margaret MacDuffie et de Matthias Fichser avec complicité. Le premier « Vivace » – plus roucoulant que vivace – présente un même motif maintes fois transposé que les deux dessus se renvoient en imitation ;  une certaine inégalité dans l’exécution des ornements ressort néanmoins entre les deux solistes car ceux-ci semblent plus précipités chez le second violon. Une certaine monotonie s’installe de fait par ces reprises incessantes malheureusement trop identiques les unes aux autres. Mais une prise de son large permet aux timbres des divers instruments de résonner indépendamment les uns des autres tout en se mêlant avec intimité, dégageant chaque ligne mélodique avec la même clarté.

Transparence de jeu que l’on retrouve encore plus accentuée dans la Sonate en ré mineur où les notes fluides du théorbe de Diego Cantalupi résonnent comme une petite cloche. L’ « Allegro moderato » signe le premier mouvement vraiment mélancolique de cet enregistrement ; les violons s’impliquent davantage que dans la sonate précédente, préservant la tension de la ligne mélodique et se l‘échangeant avec la même intensité. Le second mouvement nous offre d’apprécier la basses chaudes du violoncelliste Stephan Schrader ; les violons se font plus inventifs, plus émotifs. Diego Cantalupi introduit l’ « Allegretto » final par la mise en place d’un ostinato qui conférera à ce dernier mouvement un caractère éternel. Les notes sont charnues, grassement nourries et trouvent leur écho dans les pizzicati du violoncelle et les éclats du clavecin. La masse sonore est ici très dense et nous emmène en une danse tourbillonnante et nostalgique qui s’achève sur les mêmes notes implacables, scandées là aussi par un théorbe décidément bien imposant.

Enumérer les autres œuvres présentes sur ce disque sera inutile car les mêmes couleurs se retrouvent et leur analyse deviendrait rapidement répétitive. La musique de Johann Georg Neruda s’apparente donc à un jardin parcouru d’une légère brise d’été où le soleil règne en maître, hormis durant quelques mouvements. I Parnassi Musici proposent une interprétation de même nature, souriante et limpide, mais qui manque parfois de rebondissements.

Isaure d’Audeville

Technique : prise de son proche et aérée.