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Plaisirs galants (Rameau, Cantates et pièces de clavecin en concert, Amarillis – Naïve)

Muse5
27 novembre, 2014

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)

Cantates et pièces de clavecin en concert

 

Rameau, Amarillis, NaïveDeuxième concert (La Laborde/ La Boucon/ L’Agaçante/ Menuets 1 et 2)
Orphée (cantate pour ténor, hautbois, violon et basse continue) : récitatif, air très gai, récitatif, air gracieux, récitatif, air gai
Cinquième concert (La Forqueray, la Cupis, la Marais)
Le Berger fidèle (cantate pour ténor, hautbois, violon et basse continue) : récitatif, air plaintif, récitatif, air gai, récitatif, air vif et gracieux

Ensemble Amarillis :
Hautbois baroque et flûte : Héloïse Gaillard
Violon : Alice Piérot
Viole de gambe : Marianne Muller
Clavecin : Violaine Cochard

Mathias Vidal, ténor

Naïve. 2014. Temps total : 1 h 02. Enregistré en 2014 à La Courroie, Entraigues sur la Sorgue.

Honneur aux dames : l’ensemble Amarillis a fait choix de réserver ses instruments baroques à des interprètes féminines. Des esprits chagrins contemporains y verront peut-être une discrimination…  Musicalement le résultat ne soufffre aucune contestation, tant les sonorités des instruments (en particulier le clavecin) sont moëlleuses, et la ligne mélodique fluide. Ces deux qualités demeurent présentes dans tout l’album, même si les parties orchestrales sont évidemment celles qui les mettent le plus en valeur.

Le Deuxième Concert rend hommage aux artistes et élèves que le compositeur a côtoyés lors de ses vingt premières années passées à Paris. Nous y avons plus particulièrement apprécié la ligne aérienne teintée de malice de la Laborde, les échanges gracieux du hautbois d’Héloïse Gaillard et du clavecin de Violaine Cochard dans la Boucon, ainsi que l’agilité étourdissante du clavecin dans la lancinante Agaçante. Ajoutons que la ligne mélodique des deux menuets est agréablement rendue, traduisant avec beaucoup de sensibilité cette atmosphère de danse galante. 

Le Cinquième Concert poursuit cette dédicace à d’autres interprètes contemporains du génial Dijonnais. Il se disitngue toutefois du Deuxième Concert par une vituosité exigeante, face à laquelle l’Ensemble Amarillis conserve une plastique fluide et aérienne qui témoigne de sa bonne maîtrise instrumentale. Il nous livre ainsi des échanges souples et vifs dans la Forqueray, une Cupis délicate et éthérée évoquant de près les mouvements de la danseuse à laquelle elle est dédiée, et une Marais toute en légéreté virtuose .

Si ces dames règnent sur les instruments, elles ont résolument confié les pièces vocales à un ténor, et non à une soprano. La crédibillité des textes y gagne assurément, puisque les paroles sont clairement prêtées à un personnage masculin. On saluera également le choix judicieux d’une orchestration réduite, qui relaie efficacement la ligne de chant pour mieux en souligner les accents.  De son timbre chaleureux aux reflets veloutés, Mathias Vidal fait rayonner les cantates. La diction est particulièrement soignée, comme l’illustrent avec force les récitatifs, et le long « air gracieux » d’Orphée (« J’ai pour témoin de ma victoire »), en forme d’arioso. Cette oeuvre offre un bel échantillon de l’expressivité du ténor, entre plaintes et passion, qui culmine au final dans les belles attaques de l’air gai (« En amour il est un moment »), accompagnées par un hautbois joyeux. 

La cantate du Berger fidèle (tout un programme !) offre également une belle palette des sentiments, avec de vaillantes attaques dans l’air gai (« L’Amour qui règne dans votre âme »), relayées par une flûte charmeuse, et un final tout en rondeur pour l’air « vif et gracieux » (« Charmant Amour, sous ta puissance »). 

Le CD, sous jacquette cartonnée (moins fragile que les étuis plastique, et d’un maniement plus aisé), est accompagné d’un livret reprenant le détail du programme (avec les paroles des cantates), une note d’introduction d’Héloïse Gaillard, et une notice (« Rameau intimiste ») de Patrick Florentin, ainsi que des notes sur chaque interprète. Ces différents textes sont également traduits en anglais. En cette année Rameau, cet album illustre avec sensibilité et brio des pièces intimes du compositeur qui témoignent – comme ses opéras mais dans un registre moins connu – de son exceptionnelle contribution au répertoire baroque français du XVIIIème siècle.

Bruno Maury

Technique : prise de son claire ; réalisme frappant de la sonorité des instruments.