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L’envers du succès (Rameau, Grands Motets, Les Arts Florissants – Cité de la musique, 02/10/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
23 octobre, 2014

Rameau, Grands Motets

Les Arts Florissants, dir. William Christie

Cité de la musique, 2 octobre 2014

 

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764), Quam dilecta
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772), Dominus regnavit & In exitu Israel
Jean-Philippe Rameau, In Convertendo

Choeur et Orchestre des Arts Florissants, dir. William Christie
Rachel Redmond, Dessus
Katherine Watson, Bas-dessus
Cyril Auvity, Haute-contre
Marc Mauillon, Taille
Cyril Constanzo, Basse-taille

Paris, Cité de la Musique, 2 Octobre 2014.

Dans le domaine friand de fraîcheur et de rareté qu’est celui de la musique ancienne, rares sont les programmes que l’on peut qualifier de « grands classiques ». C’est pourtant bien ce dont nous fûmes témoins ce soir là. En effet, Les Arts Florissants, qu’on ne présentent plus, sous la houlette de son chef de toujours William Christie, qu’on ne présente plus, reprenait un programme de Grands Motets de Mondonville et Rameau qui, au début des années 90, firent l’objet de deux CDs de référence (Erato). Ces enregistrements firent en effet à l’époque l’objet de tant d’éloges qu’ils devinrent très rapidement des classiques de l’ensemble et contribuèrent à établir sa domination sur la scène baroque ainsi, notamment, qu’à faire connaître un tout jeune ténor écossais qui deviendra rapidement un protégé de William Christie, Paul Agnew.

Ceci étant, la teneur d’un programme si fameux ne pouvait être qu’une gageure pour l’ensemble et malheureusement  la soirée fut un succès en demi-teinte.

Du côté du casting soliste, rien à redire. Chez les hommes, Cyril Auvity fut une Haute-contre à la justesse irréprochable et à la voix à la fois légère, agile et perçante avec toutefois un léger manque de consonnes dans sa prononciation. Marc Mauillon, campait quant à lui le rôle de Taille qui lui convenait à merveille tant ses aigus était fluides et sa diction impeccable. Enfin, la Basse-taille de Cyril Constanzo, ne souffrait d’aucun manque si ce n’est par quelques aigus un peu aigres.

Chez les femmes, on apprécia la polyvalence de la soprane Katherine Watson que nous avions déjà remarqué lors de sa performance du rôle de soprano dans le Messie de Händel au Château de Versailles en juillet dernier. Chez Rameau, on lui a attribué le rôle de Bas-dessus et, malgré un léger manque dans les graves, on ne peut que constater que cela lui va comme un gant. Les plus beaux moments de la soirée reviennent cependant à la jeune soprane Rachel Redmond dont le timbre clair et léger, la présence scénique et les aigus saisissants furent si impressionnants qu’il nous fallut quelques minutes pour que la chair de poule dont nous étions saisis nous eût enfin quittés.            

Malheureusement, force est de constater que les solistes furent le véritable sujet de réel contentement. En effet, malgré une justesse musicale et rythmique parfaite, l’enthousiasme du choeur ne semblait, la plupart du temps, pas au rendez-vous. Aussi, le public se laissait aller à un ennui et à un appesantissement bien compréhensible : « jouer sans passion est inexcusable » écrivait Beethoven.

L’orchestre, quant à lui, a montré des faiblesses surprenantes, victime de très (trop) nombreux et évidents accidents (contrebasse en avance, basse absente,…). Les bois souffraient très souvent d’un gros manque de justesse, les cordes d’un manque évident de prononciation et d’attaque.

Quelle ne fut pas alors notre surprise lorsqu’arriva le bis choisi par William Christie en hommage à la disparition rapprochée de trois grandes figures de la musique ancienne : Jacques Merlet, Franz Brüggen et Christopher Hogwood. En dépit de tout ce qui avait précédé, l’assemblée fut unanimement saisie par le « Kyrie » et le « O Amor » tirés respectivement du premier chœur du Premier Acte de Castor et Pollux (« Que tout s’unnisse ») et du quatuor de la Troisième Entrée des Indes Galantes (« Tendre Amour »).

Par conviction, nous refusons de commenter le choix discutable d’ajouter un ter,  peu à propos après un si émouvant hommage.

Ainsi, le sentiment qui est le nôtre en sortant de ce concert est que les Arts Florissants surfent, pour ce programme, encore sur la vague du succès qui fut le leur il y a vingt ans de cela, sans que l’écume du soir ne nous ait hélas emportée.

François d’Irançy