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« On vient, voyez les jeux, augmentez leurs attraits » (Rameau, Les Indes Galantes – La Simphonie du Marais, Hugo Reyne – Musiques à la Chabotterie)

Muse4
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
27 septembre, 2014

Jean-Philippe Rameau (1683- 1764)

Les Indes galantes (1735-1736)

Version intégrale et originelle fondée sur les sources de l’Opéra de Paris 

simphonie_indes_chabotterieValérie Gabail : Amour, Phani, Fatime, Zima
Stéphanie Révidat : Hébé, Emilie, Zaïre
Reinoud van Mechelen : Carlos, Damon
François-Nicolas Geslot : Valère, Tacmas
Aimery Lefèvre : Bellone, Osman, Huascar, Ali, Adario
Sydney Fierro : Alvar

Le Chœur du Marais
La Simphonie du Marais
Hugo Reyne, direction 

3CDs : durée totale : 3h22, Musiques à la Chabotterie , 2014. Enregistrement en concert et répétition générale au Konzerthaus de Vienne lors du festival Resonanzen de janvier 2013

Premier des six opéra-ballets de Rameau, Les Indes galantes se composent d’un prologue et de quatre entrées – et non actes – dont celle « Les Sauvages » fut ajoutée l’année suivant la création. Ce ballet héroïque, sur livret de Louis Fuzelier, s’inscrit dans la veine exotique du XVIIIème siècle - l’on songe par exemple aux Lettres persanes de Montesquieu ou aux chinoiseries qui décorent les palais des monarques européens – et nous emmène tour à tour en Turquie, au Pérou, en Perse et en Louisiane. L’intrigue repose sur des querelles amoureuses entre personnes locales et étrangers plus ou moins bienveillants et révèle les positions de Rameau, novatrices pour l’époque : le « Turc généreux » n’est pas décrit comme un barbare mais comme un être semblable à un Occidental renonçant à la femme qu’il aime par force morale. Une filiation qui remonte au théâtre antique puis classique. Rameau et Fuzelier dénoncent aussi dans la Quatrième Entrée « Les Sauvages » les méfaits de la civilisation qui corrompt les hommes, et louent les « bons sauvages », thème repris en 1755 par Jean-Jacques Rousseau dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. 

Venons-en maintenant à l’interprétation de La Simphonie du Marais. A l’inverse d’un spectacle mis ou scène ou de sa captation en DVD, l’écoute d’un opéra-ballet gomme hélas toute la partie visuelle et chorégraphique, alors même que le « Ballet des Fleurs » de la Troisième entrée constitue une pantomime. En dépit de cette limitation, l’impression générale s’avère plutôt agréable et les leitmotivs introduisent une unité dans une œuvre à priori un peu fragmentée. L’orchestre apparait comme la pièce maitresse. Dès l’ouverture il nous transporte au siècle des Lumières. Dirigé d’une main de maitre par Hugo Reyne, la Simphonie sait se montrer tonique, notamment lors de l’adoration au soleil des « Incas du Pérou » mais sait aussi se muer en caresse évanescente tout en retenue, comme pour le « Ballet des fleurs » très justement interprété, vraisemblablement l’un des plus beaux passages de l’œuvre avec la célèbre « Danse du grand calumet de paix », dans « Les Sauvages ». 

Le Chœur du Marais convainc moins : sa diction n’est pas toujours aisée à suivre (problème de captation quand on se souvient du superlatif Atys ?) et il peut se laisser dominer par l’orchestre comme dans l’air « Dans le sein de Thétis, précipitez vos feux». Relégué au rang d’écho, il aurait dû s’imposer davantage.

Côté solistes, la soprano Stéphanie Révidat livre une belle prestation et de belles vocalises comme par exemple dans « Régnez Amours, régnez, ne craignez point les flots » où sa voix, renforcée par la douceur de la flûte, se fait sensuelle et promesse de félicité. Il est d’autant plus dommage qu’elle manque encore de présence et que ses aigus ne soient pas toujours tenus. Le haute-contre François-Nicolas Geslot livre un Valère plus convaincant que son Tacmas où il manque parfois de justesse comme dans « On vient, voyez les jeux, augmentez leurs attraits » ou « L’éclat des roses les plus belles ». Il se démarque cependant par un beau phrasé. La soprano Valérie Gabail convainc davantage en Amour ou Fatime qu’en Zima dans « les Sauvages » où son interprétation parfois trop appuyée diffère des autres solistes, au risque de rompre l’harmonie d’ensemble. Quant au bariton Aimery Lefèvre, il ne retranscrit pas toujours les sentiments contradictoires de ses personnages et sa voix manque parfois de relief.

Enfin, s’il était un soliste à retenir, il s’agirait du ténor haute-contre Reinoud van Mechelen qui se démarque par sa diction impeccable et sa justesse d’interprétation, qu’il s’agisse du chef des guerriers espagnols Carlos que de l’officier volage Damon dont la voix se fait tour à tour caressante, sensuelle et légère lorsqu’il tente de séduire Zima.

Au final, on saluera une écoute agréable, avec un orchestre coloré et souple, des solistes cohérents, même si l’interprétation reste perfectible et ne détrônera pas la version de Christie (Harmonia Mundi) aussi élégante mais plus aboutie.

Anne-Laure Faubert