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Rameau : le peintre, le poète

Museor
15 juin, 2009

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)

Concerts mis en simphonie

Version orchestrée des Pièces de clavecin en concerts (1741)

La Simphonie du Marais
Direction Hugo Reyne

Label Musiques à la Chabotterie, collection Rameau vol. 2, 1 CD, 71’32 

 

Dans toute l’œuvre de Rameau, les Pièces de clavecin en concerts appartiennent à la caste des privilégiés. Enregistrées à de nombreuses reprises, elles ont fait objet d’un arrangement apocryphe « en sextuor » dès la fin du XVIIIe siècle, et semblent attirer toujours l’attention des mélomanes comme des musiciens. Nombreuses sont celles, au reste, qui ont fait l’objet de versions orchestrées par le compositeur lui-même, dans tel ou tel opéra. Ainsi, La Pantomime (4e Concert) se retrouve dans l’ouverture des Surprises de l’amour (1757), La Cupis (5e Concert) dans un « Air tendre pour les muses » du Temple de la Gloire (1745), L’Agaçante (2e Concert) devient une « Entrée d’Indiens et Indiennes » de Zoroastre

C’est assez justifier le projet d’Hugo Reyne de livrer une version orchestrée de l’intégralité du recueil où « le Quatuor règne le plus souvent », comme l’écrit Rameau lui-même dans son Avertissement. Cet arrangement finalement moins téméraire qu’il n’y paraît, se présente sous forme d’un ensemble de cordes augmenté de flûtes (traversières et à bec), hautbois et basson. Et l’on frise la litote en affirmant que La Simphonie du Marais ne manque ni de couleurs, ni d’audace, ni d’imagination, tant elle se rapproche bien souvent de ce que Rameau lui-même aurait sans doute pu écrire, à de rares exceptions près (le solo de flûte de La Lapoplinière, peut-être). On soulignera l’inventivité du jeu de textures et de timbres, qui prodiguent des couleurs et des combinaisons renouvelées. L’idée, par exemple, de mêler la flûte à bec à la flûte traversière pour La Cupis frise le génie : les deux timbres se marient à merveille et se complètent pour offrir à l’auditeur un moment d’enchantement.

Il faut (re)dire que l’arrangement de ces pièces et leur orchestration sont servis avec brio et enthousiasme par Hugo Reyne et sa fidèle phalange. Clarté et précision sont à l’honneur avec des dynamiques exemplaires, sachant se ménager pour mieux se révéler (La Rameau, 4e Concert), virevolter (les Tambourins du 3e Concert), émouvoir (La Livri, 2e Concert), sourire (La Pantomime, 4e Concert) ou encore amuser (L’Indiscrète, 4e Concert). Ici les basses grondent (La Coulicam, 1er Concert), là les violons et flûte papillonnent (La Laborde, 2e Concert). L’esprit d’ensemble règne partout sans partage ; les violons semblent imiter les petites flûtes dans le premier des Tambourins (3e Concert), avant de se montrer soudain incisifs et piquants dans le second. Et en poursuivant notre périple, où entendra t-on un trille (flûte et violons) si uni que dans cette Boucon (2e Concert), des traits de hautbois doublant les violons si parfaits que dans La Pantomime ? Les basses prennent leur place pour enlacer de violons et flûte la Timide (3e Concert), tout en sachant aussi imposer leur dynamisme dans le Vézinet (1er Concert).

Voici donc un enregistrement toujours plein de mouvement & de couleurs. Un enregistrement qui ne sombre jamais dans le pur effet ou dans le clinquant, bref, tout à fait français dans l’esprit. Assurément une version appelée à faire date et à régaler les oreilles des ramistes les plus puristes. Sans oublier qu’Hugo Reyne offre en bonus une version orchestrée de la Gavotte et ses six doubles – originellement pour clavecin seul – qui avance et avance inexorablement pendant plus de huit minutes d’un constant bonheur.

Loïc Chahine 

Technique : captation naturelle et large