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Rameau, Maître à danser (Les Arts Florissants, Christie – Cité de la Musique, 22/11/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
7 décembre, 2014

Rameau, Maître à danser

Les Arts Florissants, dir. William Christie

Cité de la musique, 22 novembre 2014

 

Rameau maître à danser

© Philippe Delva

 

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Daphnis & Eglé
La Naissance d’Osiris

Elodie Fonnard (Eglé)
Magali Léger (Amour, Pamille)
Reinoud Van Mechelen (Daphnis)
Sean Clayton (un berger)
Arnaud Richard (le Grand Prêtre)
Pierre Bassière (Jupiter) 

Sophie Daneman, mise en scène
Françoise Deniau, chorégraphie
Gilles Poirier, assistant chorégraphe
Alain Blanchot, costumes
Christophe Naillet, lumière et scénographie

Nathalie Adam, Romain Arreghini, Bruno Benne, Anne-Sophie Berring, Pierre-François Dolle, Robert Le Nuz, Andréa Miltnerova, Artur Zakirov, danseurs

Les Arts Florissants, chœur et orchestre
William Christie, direction.

Salle des Concerts de la Cité de la Musique, Paris, le 22 novembre 2014 .

Au crépuscule de sa vie, Rameau ne compose guère, malgré la gloire qu’il a connue en tant que compositeur officiel et grand théoricien. Dans les années 1753-1754, il écrit quelques actes de ballets, dont Daphnis et Eglé, pastorale héroïque en un acte sur un livret de Charles Collé (1753) et La Naissance d’Osiris, acte de ballet sur un livret de Louis de Cahusac (1754). Ce sont des pièces de circonstance, des anecdotes aimables sans véritable intrigue, pour des représentations privées à Fontainebleau. Dans la première, il s’agit d’un divertissement pour les fêtes des parties de chasse : la confusion entre l’amitié et l’amour chez les deux protagonistes est dissipée par Cupidon qui révèle la vraie nature de leurs sentiments. Dans la deuxième, la naissance du Duc de Berry, le futur Louis XVI, est symbolisée par celle d’Osiris, un dieu égyptien.

L’idée de Sophie Daneman – de créer une continuité entre ces deux pièces sans lien pour en faire un seul spectacle – est bien trouvée ; les deux amoureux de la première pièce apparaissent dans la deuxième, comme les mêmes personnages, « quelque temps après ». Le Grand Prêtre et l’Amour sont tenus par les mêmes chanteurs dans les deux actes ; et le costume de chaque danseur, le même tout au long de la soirée, souvent d’un ton neutre et dépourvu de luxures, (qui paraissent ainsi à première vue un peu sobres mais harmonieux par leur simplicité), renforce l’unité. La chorégraphie de Françoise Deniau, gracieuse et élégante, remplit pleinement la tâche de plaire l’assistance. D’ailleurs, les danseurs se mêlent souvent aux choristes et il est difficile, au début du spectacle, de distinguer les uns des autres : leurs costumes sont bien ressemblants, les gestes des chanteurs sont semblables à ceux des danseurs et ceux-ci chantent avec les choristes. C’est seulement au moment où les huit personnes se détachent de la foule et commencent des sauts qu’on comprend la nature de leur art. Et nous apprécions particulièrement cette fluidité de la mise en scène.

Rameau maître à danser

© Philippe Delva

Pour la musique, l’orchestre des Arts Florissants se trouve au fond de la scène. L’équilibre avec les chanteurs qui se déploient devant les musiciens est bien tenu, sans que le son des instruments ne soit altéré par ce dispositif peu habituel ; au contraire, il est agréablement atténué par la présence des personnages. William Christie dirige l’ensemble et le chœur dans les deux directions, en tournant le dos au spectateur quand il s’adresse uniquement à l’orchestre mais en faisant face à la salle pour les chanteurs et les choristes. Et quelle performance parfaite ! Pour les chanteurs solistes, saluons d’abord la soprano Elodie Fonnard et le haute-contre Reinoud Van Mechelen, naturels et soignés à la fois, ainsi que le haute-contre Sean Clayton pour sa voix légère et son jeu comique ; les deux basses, Arnaud Richard (le Grand Prêtre) et Pierre Bessière (Jupiter) ont chacun sa part d’autorité par leur timbre et leur puissance ; la soprano Magali Léger explore son côté charmeur dans les deux rôle d’Amour et de Pamilie. C’est donc un beau spectacle, d’une qualité très homogène entre l’orchestre, les chants, le chœur et la danse, merveilleusement dirigé autant pour la musique que pour la scène, qui ravira à coup sûr les yeux et les oreilles du spectateur. 

Cécile Colline-Duchamp