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Raphaël : quatre consonnes, et trois voyelles

Muse4
31 décembre, 2007

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

John COLTRANE (1926-1967)

Bach-Coltrane

Gérard Lesne (contre-ténor), Raphaël Imbert (saxophones, clarinette basse et direction), André Rossi (orgue), Jean-Luc Di Fraya (percussions, voix), Michel Péres (contrebasse)

Quatuor Manfred : Marie Béreau, Luigi Vecchioni (violons), Vinciane Béranger (alto), Christian Wolf (violoncelle).

72’, Zig Zag Territoires, 2007

 

« Hum… oui… bon… m’enfin. » Tels sont les mots qui viennent à la bouche du critique bredouillant et perplexe face à ce disque à la jaquette sublime, où un homme en bonnet (ressemblant à un vieux mandarin en chignon) passe devant un paysage de nuages ocres. Hélas, décrire la photo ne nous avance guère dans l’appréciation de cet enregistrement pour le moins original, à la fois hommage à Bach et création contemporaine jazzy. On y trouve des reorchestrations-recompositions-improvisations de Raphaël Imbert à partir d’œuvres fameuses du Cantor (L’Art de la Fugue, le Concerto pour clavier BWV 1056), de même que trois œuvres de Coltrane (Crescent, Song of Praise et Reverend King). Le lien, relativement ténu, entre les deux compositeurs résiderait dans leur vision commune du sacré, leur ferveur mystique, leur volonté de dépeindre sur un système de portée l’immatérialité poétique de la transcendance. Hum… oui… bon… m’enfin.

Et nous voici de nouveau à la case départ, retardant le plus possible le fatidique moment où il faudra bien livrer notre avis sur cette rencontre avec le 3ème type. Il faut avouer, au risque d’être crucifié par nos lecteurs les plus musicologiquement intransigeants, que l’entreprise téméraire n’est pas sans mérite, malgré notre attachement viscéral à la Neue Bach Ausgabe. Et nous irons même jusqu’à dire que Bach ne ressort pas défiguré de cette expérience, en dépit d’un traitement inégal. On distinguera surtout le premier contrepoint de l’Art de la Fugue et le Largo du Concerto pour clavier BWV 1056 (interprété ici à l’orgue), les deux moments-phares de ce programme. Chacun donne lieu à des improvisations bien charpentées de la part de Raphaël Imbert. Soucieux de se glisser dans le contrepoint, le musicien s’adonne à l’ajout d’une voix sans trahir l’esprit de l’époque. Et ces cadences bien charpentées, éloignées de toutes boursouflures prétentieuses, ne paraissent pas déplacées. On admire la beauté sensuelle et rauque du saxophone qui sonnerait presque comme un dulcian Renaissance bancal (c’est normalement un compliment), les percussions exotiques et savoureuses de Jean-Luc Di Fraya (tiens, ça rappelle un peu la musique mauresque du temps des croisades). Un climat tendre et serein, très « planant et zen », irrigue les morceaux, dont les complaintes élégiaques et libres frappent l’auditeur par leur intemporalité. A l’inverse, le 9ème contrepoint de l’Art de la Fugue, est cette fois-ci interprété avec scrupule et modestie par le Quatuor Manfred, dont la lecture trop honnête bute sur l’écueil de l’anonymat tranquille. Quant à André Rossi, son Choral de mi et son jeu assez brut ne nous ont pas vraiment ni touchés, ni convaincus. Enfin, en ce qui concerne les trois compositions de Coltrane, nous cocherons la case « ne se prononce pas ». Hum… oui… bon… m’enfin.

Armance d’Esparre

Technique : prise de son riche et naturelle, avec réverbération et craquements.