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Rencontre avec Emiliano Gonzalez Toro

Publié dans : Dossiers - Interviews
20 septembre, 2014

Rencontre avec Emiliano Gonzalez Toro

 

D.R.

D.R.

 

MB : Bonjour Emiliano. Comment vous est venue la passion du chant ?

Emiliano Gonzalez : Mes parents étaient de grands amateurs de musique classique, et mon papa était déjà ténor, plûtôt barytonnant. Très jeune ma mère m’a inscrit à une chorale d’enfants à Genève où nous habitions. J’ai ensuite été choisi pour jouer des rôles d’enfant au Grand Théâtre de Genève. Vers huit ou neuf ans j’ai eu l’honneur de côtoyer de grands noms de l’époque comme Samuel Ramey ou Bernard Finck, et déjà à l’époque je me disais « c’est ça mon métier, c’est ce que je veux faire plus tard ».


MB : Et ensuite votre formation au chant ?

Emiliano Gonzalez : J’ai eu la chance d’avoir pour professeur Maria Liskoutin, femme passionnée, qui m’a enseigné l’exigence et la discipline que j’observe jusqu’à aujourd’hui. A l’époque de la mue j’ai travaillé le piano et le hautbois. Puis j’ai repris le chant, avec une de mes premières prestations en solo dans les Vêpres de Monteverdi, sous la direction de Michel Corboz : c’est le premier à m’avoir fait confiance. Et j’ai chanté mon premier Requiem de Mozart avec Sandrine Piau ; forcément j’étais impressionné…


MB : Et vos débuts sur la scène lyrique ?

Emiliano Gonzalez : C’est à Lausanne que j’ai chanté mon premier rôle dans un opéra, ce qui m’a ensuite permis d’auditionner pour Marc Minkowski, et également pour Christophe Rousset qui y était en résidence à l’époque. Notre collaboration avec Christophe date de cette période, au cours de laquelle j’ai également effectué mes premiers enregistrements. Depuis elle n’a pas cessé.


MB : Pourquoi vous êtes-vous tourné vers le répertoire baroque ?

Emiliano Gonzalez : Essentiellement parce que c’était le répertoire de Lausanne lors de mes débuts. Mais j’ai aussi chanté Natanaël dans Les Contes d’Hoffmann, où Mireille Delunsch chantait les quatre rôles féminins. Et actuellement j’essaie d’élargir mon répertoire, avec par exemple Lalia Roukh de Félicien David. Cela me permet de découvrir de nouvelles lignes de chant, de travailler différemment ma voix. J’envisage aussi de chanter Mozart, notamment ses opéras seria.


MB : Et le baroque français ? Hier soir à l’Opéra de Strasbourg vous avez fait un triomphe dans Platée

Emiliano Gonzalez : Je me sens tout à fait à l’aise dans le baroque français. Ce que j’aime beaucoup dans Platée c’est que l’on passe par toutes les facettes du personnage. C’est indispensable de se pénétrer totalement du rôle pour pouvoir l’incarner pendant trois heures ; cela demande une préparation stylistique et vocale, afin d’évoluer d’une attitude de séduction féminine à celle plus violente de la fin. Toute la magie du spectacle tient à ce qu’elle-même et le public croient le mirage possible, l’Homme a toujours besoin de croire que ce dont il rêve est possible. C’est passionnant à construire…


MB : Et vous l’avez fait avec conviction et brio ! Quels sont vos projets ?

Emiliano Gonzalez : La saison prochaine sera une période de transition, avec la reprise de l’Elena de Cavalli, un récital de cantates de Rameau (avec Ophélie Gaillard, au Festival de Pontoise), un récital Monteverdi à Baden-Baden. Côté opéras je chanterai dans Idoménée à Lille (avec Emmanuelle Haïm), puis dans le Pré aux Clercs à l’Opéra Comique, avec le ténor américain Mickaël Spyres que j’apprécie beaucoup, et je terminerai dans une Traviata produite par Rolando Villazon à Baden-Baden.


MB : Vous vous êtes marié récemment avec Mathilde Etienne, et Muse Baroque adresse à cette occasion ses félicitations au nouveau couple que vous formez. Cela aura-t-il un impact sur votre carrière, et lequel ?

Emiliano Gonzalez : Oui, bien sûr ! Avec Mathilde nous développons la compagnie Zdenko, qui travaille à mettre en regard la littérature et la musique de la première moitié du XIXème siècle, comme cela pouvait se faire dans les salons de l’époque. Nous préparons aussi une comédie musicale « Te recuerdo », en l’honneur des victimes du putsch de septembre 1973 au Chili, à partir des chants populaires de cette période. Chaque fois que je m’engage, j’ai envie d’être impliqué, créateur…

MB : Un bien beau programme ! Merci Emiliano, et à bientôt dans vos prochains spectacles.

Propos recueillis par Bruno Maury le 14 juin 2014

Vers le compte-rendu de la représentation de Platée à l’Opéra national du Rhin