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Rentrée des classes

Publié dans : Actualités - Edito
1 septembre, 2010

Gabriel Metsu, Homme et femme assis près d’un virginal (circa 1660), huile sur panneau, 32 cm x 38 cm. © National Gallery, London

Voyez ce Metsu. La Rentrée contemple la liste des concerts de la prochaine saison qui s’annonce belle. Cédant à un instinct parisiano-centré, réflexe sans doute issu de quelques siècles de centralisation monarchiste, jacobine puis républicaine, Elle feuillète les programmes qui jonchent, épars, la pièce. Un soupir d’aise lui échappe à la vue des nombreux opéras baroques qui seront représentés – avec mise en scène s’il vous plaît – qu’il s’agisse de créations ou de reprises. Rarement une telle concentration aura été observable, et cette année baroque, à la manière des nuits des étoiles, est de celle qui pousse les âmes les plus timides à s’aventurer sous les cieux nocturnes, à la recherche de quelque comète.

L’ombre du Surintendant plane sur l’automne, avec une Armide venue d’Outre-Atlantique au Théâtre de Gennevilliers en septembre, à la mise en scène à la fois convenue et provocatrice puisque les croisés endosseront le treillis de la bannière étoilée et ravageront l’Irak. Et puis revoilà le sublime Cadmus & Hermione sorti de l’imagination du tandem Lazar-Dumestre à l’Opéra Comique avec ses bougies et sa poésie pastel. On y retrouvera avec autant de plaisir les costumes multicolores, Mars descendant des nuées sur son cintre, les Africains et les Géants tournoyant sur leur chaconne. Mais l’évènement de l’année sera sans nul doute la résurrection du mythique Atys de Villégier-Chistie en mai 2011 à l’Opéra Comique toujours, puis en juillet à l’Opéra Royal de Versailles. Atys, cette ligne de soie bleutée qui marqué tant les esprits en 1987 et dont la captation vidéo de FR3 introuvable ou usée est choyée par les mélomanes, éclatante démonstration d’une mise en scène moderne (on ne répètera jamais assez qu’Atys avec son unité de lieu, son chromatisme froid, sa transposition temporelle et religieuse est bien une réinterprétation totale du livret), et superbement théâtrale.

Tombera aussi du Haendel à profusion. L’éloge de la folie de Haendel, son Orlando où pointe du 3/8 dans la scène de délire du héros, fracassera la scène du Théâtre des Champs-Elysées grâce à David McVicar et Emmanuelle Haïm. Dans la lignée de Benjamin Lazar, Versailles accueillera en janvier la reprise du Rinaldo de Prague-Rennes-Caen bénéficiant de la baguette nerveuse de Vaclav Luks, et des bois inspirés de Louise Moaty. L’Opéra Garnier lui-même ne résistera pas à un Giulio Cesare incarné avec ardeur par Lawrence Zazzo (que d’autres avaient déjà goûté à la salle Pleyel il y a quelques temps) mais où l’on espère que Laurent Pelly ne distraira pas trop le livret triomphal par de séduisantes facéties. Ce sera l’occasion de faire un doublé-gagnant avec la version qu’offrira Malgoire et Christian Schiaretti en mai à Versailles. Et au risque de vous faire faire des acrobaties sur vos agendas, en mars, il ne faudra point délaisser l’un des plus beaux opus vivaldien, un Orlando furioso brillant que le fougueux Jean-Christophe Spinosi proposera au TCE, avec une mise en scène de Pierre Audi, que l’on espère symbolique et dépouillée. Alors, bien sûr, ce panorama arbitraire, survol au-dessus d’un nid de coucous, ne vise point l’exhaustivité. Bien sûr, notre mémoire chancelante et nos yeux fatigués auront ça et là oubliés, au bord de l’encrier, des pépites. Bien sûr enfin, les nombreux rendez-vous baroques de cette année dépassent le monde de l’opéra représenté.

Et alors La Rentrée, sanglée dans sa robe d’un rouge tendre, tend sa liste au Lecteur qui a déjà saisi sa plume pour la compléter. Et elle s’en retourne à son virginal.

Excellente rentrée baroque à tous !

Viet-Linh Nguyen