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Répertoire s'en va…

Publié dans : Actualités - Edito
30 novembre, 2003

La revue des discophiles disparaît

L’annonce d’un accord entre le Groupe l’Express, propriétaire de Classica, et le vénérable Répertoire des Disques Compacts a bouleversé le monde des mélomanes. Au terme de cette absorption, que restera t-il de cet admirable magazine ? Quelques pages dans Classica peut-être à partir de Janvier 2004…

Cet édito est donc teinté de la nostalgie de l’adieu, adieu à ce style inimitable de condottiere musical, exubérant et outrancier, de ce style à l’emporte-pièce que les interprètes appréciaient et redoutaient tout à la fois, pour son lyrisme débridé et sa verve assassine. Au delà de l’aspect presque anecdotique de ce déferlement de prose passionnée, souvent drôle, parfois mordante, quelquefois presque inintelligible dans son élan, saluons le courage d’une revue qui a su remonter les fleuves à contre-courant, révéler des labels et des talents, massacrer des vedettes considérées comme intouchables lorsqu’elles offraient des enregistrements alimentaires.

Car Répertoire, depuis 88, n’est pas vraiment un magazine. Souvenez-vous des débuts, de la typographie approximative, de ces colonnes rébarbatives en noir et blanc. Même après l’apparition du fanion rouge et jaune, la revue est resté très sobre, peu attrayante, une sorte de gros recueil où les critiques s’enchaînent avec élégance, par ordre alphabétique, annuaire du disque gigantesque et tentaculaire qui a parfois défait des réputations avec une cruauté insouciante ou poussé au firmament du CD des étoiles d’un jour…

Cette prose libre et sarcastique nous manquera bien. Sera t-on soulagé par la disparition de ces agaceurs de service, de ces troublions de l’ordre établi par les grands distributeurs, de ce José Bové de rectangles de plastique ? Certes non, et le paysage de la presse musicale française est aujourd’hui un peu orphelin et… plus consensuel aussi. Disons-le tout net, Répertoire dépassait les bornes, jetait aux orties les préjugés, en un mot en faisait trop… et c’était cela cette absence de limites mais non d’intelligence qui le rendait si attachant.

Enfin,  avant que de conclure ce qui ressemble presque à un nécrologe involontaire, sachons raison garder (espoir plutôt ?). « Wait and see », comme disent les Angloys, et rendez-vous en Janvier pour voir si cet esprit ravageur, créateur de controverses et de débats à n’en plus finir, a véritablement disparu.

V.L.N., qui eut la chance, un moment, de partager le quotidien de nos hérauts du disque.