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Résultats de notre quizz de l’été : quel baroqueux êtes-vous ?

Publié dans : Bonus - Digressions
15 juillet, 2010

Baroqueux compulsif, dandy ou du dimanche : quel baroqueux êtes-vous ?

Éléphant du Bernin sur la Piazza della Minerva à Rome © Muse Baroque, 2014

Éléphant du Bernin sur la Piazza della Minerva à Rome © Muse Baroque, 2014

Afin de découvrir votre profil de baroqueux, veuillez compter 2 points pour une question à laquelle vous aurez entièrement correctement répondu, 1 point si vous avez une bonne réponse partielle, 0 si vous n’avez pas répondu et… -1 en cas de mauvaise réponse.

 

1/ Que signifiait à l’origine « barocco » en portuguais ?

a)      Une charge vénale à la cour depuis Henri Ier le Chaste
b)     Une perle irrégulière, une pierre mal taillée
c)      Un type de triton qui ouvre la bouche

Peu de choses à ajouter sur l’origine de ce mot, sans se lancer dans une docte dissertation sur son application parfois peu pertinente qu’il s’agisse de l’architecture ou de la musique française, qui s’enorgueillit justement de son classicisme. Le premier Dictionnaire de l’Académie (1694) définit l’adjectif de la manière suivante : « Se dit seulement des perles qui sont d’une rondeur fort imparfaite. Un collier de perles baroques. » L’édition de 1762 précise le sens figuré « se dit aussi au figuré, pour Irrégulier, bizarre, inégal. Un esprit baroque. Une expression baroque. Une figure baroque« .

 

2/ Qui était Jean-Sébastien Bach ?

a)     Un prisonnier du Duc de Weimar
b)     Le compositeur des Concertos Brandebourgeois et de l’Art de la Fugue
c)      Le Cantor de Notre-Dame des Victoires à Leipzig

a) De 1708 à 1717, Bach est organiste et premier violon à la chapelle du duc Guillaume II de Saxe-Weimar. Débauché par le beau-frère dudit Duc le Prince Léopold d’Anhalt-Köthen qui lui offre le poste prestigieux de Kapellmeister, Bach demandera au duc son congé, et… sera emprisonné du 6 novembre au 2 décembre 1717. Il en profitera pour travailler à son Orgelbüchlein.

b) Pour les Brandebourgeois, nous vous renvoyons pour information à leur dédicace fleurie, et pour l’Art de la Fugue, vous écouterez Jordi Savall dans sa version avec consort de violes ou cuivres anciens en boucle (Alia Vox).

c) Piège perfide de notre part, puisque Bach fut de 1723 à la fin de sa vie la Cantor de l’église la plus importante de Leipzig, Saint Thomas, (ce qui lui donnait également la responsabilité de la musique à Saint-Nicholas, la Neue Kirche et Saint-Pierre). Quant à Notre-Dame des Victoires, il s’agit d’un clin d’œil à l’église parisienne qui recèle le cénotaphe de Jean-Baptiste Lully…

 

3/ Qu’est-ce qu’une épinette ?

a)      Une petite épine. « Cueillez, cueillez les roses et sans leurs épinettes » Ronsard
b)     Une sorte de clavecin dont les cordes sont obliques par rapport à la touche
c)      Une bière blonde des Vosges

Comme le dit si bien notre inséparable Dictionnaire de 1762 « n.f. Instrument de musique à clavier & à cordes de fil d’archal, plus petit qu’un clavecin. Il joue fort bien de l’épinette. Le clavier de mon épinette est rompu. » Ajoutons pour les amateurs de Vermeer que la Leçon de musique, la Dame assise à l’épinette et la Dame debout à l’épinette représentent plutôt des virginals, qui se distinguent par la forme rectangulaire des caisses.

 

4/ Lequel de ces titres n’est pas celui d’une pièce de François Couperin ?

a)      Le tic-toc-choc
b)      Le dodo
c)      Le bourdon

Le Tic-Toc-Choc, ou Les Maillotins, fait partie du 3ème Livre, 18ème Ordre ; Le Dodo ou l’Amour au Berceau du 15ème ordre, même livre. Quant au Bourdon, il n’est issu que de notre imagination débordante…

 

5/ Haendel se battit en duel avec :

a)      Scarlatti
b)      Corelli
c)      Mattheson 

Là encore, la question est quelque peu alambiquée. Le duel entre Haendel et Scarlatti eu lieu au début de l’année 1709 pendant le séjour romain de Haendel chez le Cardinal Ottoboni. La compétition à l’orgue et au clavecin s’acheva sur un courtois palmarès : Scarlatti reçut les lauriers du clavecin, et Haendel la couronne de l’orgue… Mais un autre affrontement, plus dangereux cette fois-ci, le 5 décembre 1704, Haendel et son ami Mattheson tirent l’épée devant le Gänsemarkt à propos d’une vétille. En effet, Mattheson avait coutume de chanter dans son propre opéra (la Cleopatra). A la disparition de son personnage, il prenait la relève de Haendel au clavecin. Cette fois-là, ce dernier refusa de céder le place et le ton monta rapidement entre nos deux larrons. Haendel échappera de peu au fer acéré de son compatriote qui relate l’incident mieux que quiconque dans son Grundlage einer Ehren-Pforte woran der Tüchtigsten Capellmeister, Componisten, Musikgelehrten, Tonkünstler und LEBEN, WERKE, VERDIENSTE, erscheinen sollen publié à Hambourg en 1740 :

« Le 5 décembre de cette année-là (1704), lors d’une représentation de Cleopatra, mon troisième opéra, avec Haendel au clavecin, il se produisit un incident – classique chez les jeunes écervelés qui courent à toutes jambes après les honneurs. Je dirigeais ma propre œuvre tout en interprétant Antonius, qui se donne la mort une bonne demi-heure avant la fin du spectacle. J’avais coutume, une fois cette action accomplie, de rejoindre l’orchestre pour accompagner moi-même le reste de la partition : qui d’autre que l’auteur est mieux placé pour le faire ? Mais cette fois, j’en fus empêché. À la sortie de l’Opéra, entraînés par quelques excités, nous en sommes venus aux armes en place publique, devant une foule de badauds. Le duel aurait pu avoir une issue fort malheureuse pour nous deux si, par la grâce de Dieu, la lame de mon fleuret, en touchant mon adversaire, ne se fût brisée sur un large bouton métallique de sa veste. »

 

6/ Une passacaille est :

a)     Un élément de costume féminin (une cordelière maintenant le manchon)
b)     Une noble danse à trois temps
c)      Une personne de petite vertu

Que dire ? Sinon de vous enjoindre de réviser notre article sur les danses baroques et jeter un coup d’œil à l’Histoire du Costume en Occident de François Boucher, ou à la bonne vieille Histoire du costume en France de Jules Quicherat…

 

7/ Qui était Francesca Cuzzoni ?

a)      Une femme accusée de l’empoisonnement de son mari
b)      La Fornarina
c)      La Parmigiana

Cette soprano fétiche de Haendel est née à Parme en 1700, d’où son surnom de Parmesane… Elle débarque à Londres en 1722, et sa rivalité avec l’autre diva Faustina Bordoni – engagée en 1725 – culminera le 6 juin 1727 dans une empoignade sur scène entre les deux chanteuses, en pleine représentation de l’Astianatte de Bononcini. La Cuzzoni quitta précipitamment l’Angleterre après avoir été accusée de l’empoisonnement de son mari, mais peu d’indices permettent d’étayer ces calomnieuses insinuations abracadabrantesques.

 

8/ La Muse baroque s’appelle :

a)      Euterpe
b)      Erato
c)      Terpsichore

Question qui n’a d’autre but que de vous plonger dans un abîme de perplexité. Un peu de toutes, puisque parmi les 9 muses « officielles » (il n’y en avait que 3 à l’origine), Euterpe est la muse de la musique, Erato celle de l’art lyrique et Terpsichore celle de la danse…

 

9/ Le ou lesquels de ces opéras ont été composés totalement ou partiellement par Monteverdi 

a)      Le Couronnement de Poppée
b)      Le Triomphe de Darius
c)      Les Noces d’Enée et de Lavinie

Si l’on ne s’attardera pas sur la paternité intégrale du célèbre Couronnement de Poppée créé en 1643 et chant du cygne de Monteverdi (quoique les différences entre les manuscrits de Naples et Venise, la paternité du duo final désormais attribué à Ferrari et de nombreux problèmes d’interprétation sans compter la densité du livret apparemment immoral de Busenello fournissent le sujet d’un article passionnant) ; les Noces d’Enée et Lavinie méritent un léger détour explicatif : Le Nozze d’Enea con Lavinia furent représentées  au Teatro SS Giovanni e Paolo, à Venise, en 1641. La partition en est perdue, mais l’on en possède le livret manuscrit.

 

10/ Qu’est-ce que le Kammerton ?

a)      Un instrument à cordes pincées grec
b)      Un intervalle plaintif
c)      Une hauteur de diapason

Sujet très complexe, et que d’éminents chercheurs éclaireront mieux que nous… L’usage du terme à l’époque est également confus. Pour simplifier à outrance cette histoire de diapason, l’on dira que l’opposition du Kammerton (« ton de chambre ») au Chorton (« ton de chœur, ton de chapelle ») se retrouve dans l’aire germanique à compter de la fin du XVIIème siècle. En effet, le diapason nouveau des instruments à vent utilisés (Kammerton), remodelés notamment par les facteurs parisiens, était plus bas d’un ton de l’ancien diapason Renaissance alors en usage (Chorton). A Leipzig, le Chorton était utilisé pour les cuivres et l’orgue, les chanteurs, bois, et cordes s’accordant au Kammerton.

 

Votre profil :

Vous avez 16 points ou plus :
Vous êtes un Baroqueux compulsif et assidu qui aurait dû suivre ses bonnes résolutions : vous ne mangez que des sandwiches lors des entractes de tragédies lyriques, vous quittez votre famille pour sillonner les festivals l’été, vous avez des cernes à force de clandestinement vous connecter à la nuit tombée à notre revue en prenant bien soin d’effacer vos traces après votre passage, votre garage regorge de clavecins et de partitions en fac-similé. Félicitations, vous voici un membre Premium du Club Baroque !

Vous avez 10 à 16 points :
Vous êtes un Baroqueux dandy. Elégant et charmeur, votre modestie et votre galanterie légendaires vous ont trahi, vous avez sciemment répondu de manière erronée afin de ne pas trop impressionner votre charmant(e) invité(e) en étalant vos connaissances avec une ostentation petite bourgeoise digne d’un dix-neuvième siècle musicalement décadent. Et pourtant, votre honnêteté vous pousse à confesser vos lacunes : vous ne savez plus très bien siffloter toutes les fugues de l’Offrande musicale, et vous ne vous souvenez plus du prénom de Charpentier : Gustave ou Marc-Antoine ?

Vous avez moins de 10 points :

Vous êtes un Baroqueux du dimanche. Vous étiez en train de feuilleter une revue d’investigation politique sur le montage des rideaux quand vous êtes tombés sur ce test ridicule mais savoureux. Désemparé par le résultat désastreux, en proie à un désespoir insondable, ensorcelé par quelque magicienne, vous vous précipitez sur votre épée ou du haut d’une falaise pour mettre fin à cette existence abominable. Mais en cours de route, vous décidez tout de même de vérifier la hauteur d’un ourlet, et vous décidez d’acheter en souscription le New Grove Dictionary of Music and Musicians, et de revenir souvent sur ces pages vertes et pas mûres.

 

  1. One Response to “Résultats de notre quizz de l’été : quel baroqueux êtes-vous ?”

  2. […] Réponses doctement et allégrement commentées ici ! […]