Close

L’éclat et la pureté du diamant (La Risonanza, Bonizzoni – Festival de Froville – 01/06/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
10 juin, 2014

La Risonanza

dir. Fabio Bonizzoni

 

© Festival de Froville 2014 - Valérie

© Festival de Froville 2014 – Valérie

La Risonanza

Georg Friedrich Haendel – Triosonata op 5 n°4 en sol majeur HWV 399
A tempo ordinario, Passacaille, Gigue, Menuet

Agostino Steffani
“Occhi perche piangete”
“Inquieto mio cor”
 “Guardati”

Geog Friedrich Haendel
“Tanti strali”
“A mirarvi io sono intento”

Johann Christoph Pepusch – Triosonata en do majeur
Andante, Allegro, Adagio, Allegro
Conquering Heros

Distribution

Maria Hinojosa Montenegro, soprano
Martin Oro, alto
La Risonanza :
Ana Liz Ojeda, Claudia Combs, violons
Caterina Dell’Agnello, violoncelle
Fabio Bonizzoni, clavecin et direction

1er juin 2014, Prieuré de Froville la Romane, 17ème édition du Festival de Froville (54)

Pour son quatrième concert, le festival de Froville (54) accueille La Risonanza qui se produit pour la première fois dans cette magnifique église baroque.

Cet ensemble vocal et instrumental créé en 1995 par le claveciniste et organiste Fabio Bonizzoni, est spécialisé dans l’interprétation de la musique italienne, particulièrement celle de la fin du XVIIème et du début du XVIIIème siècle. Il décide en 2004 de se consacrer pleinement à son ensemble en tant que soliste et chef. Le programme de cette fin d’après-midi présente des œuvres de Haendel (1685-1759), Agostino Steffani (1654-1728)  et de Johann Christoph Pepusch (1667-1752).

Malgré des effectifs modestes – seulement quatre instrumentistes et deux chanteurs – le concert s’avère d’une qualité exceptionnelle, l’un des plus beaux concerts accueillis par le Festival de Froville. La Triosonata op 5 n 4 en sol majeur HWV 399 de Haendel met de suite en lumière l’excellence de l’ensemble dirigé par Fabio Bonizzoni, un de plus talentueux clavecinistes et organistes de sa génération. La grâce semble envahir l’église lorsque le maestro touche le clavecin. Aussi bien dans les pièces purement instrumentales que vocales accompagnées, le continuo tient son rôle sans surcharge, sans exagération. La belle exécution dépend beaucoup plus de la souplesse et de la grande liberté des doigts que de la force en elle-même. Ses doigts « tombent » sur les touches, coulent de l’un à l’autre en se succédant comme s’écoulerait l’eau d’un paisible ruisseau d’alpage. Son style exhale un sens inné de la mélodie.

Un autre moment de grâce se produit avec l’entrée en scène de  Maria Hinojosa Montenegro, soprano catalane, dans une robe de velours noir lui allant à ravir. Elle ne tardera pas d’ailleurs à « charmer » l’auditoire par sa présence scénique envoûtante. Elle révèle sa voix lumineuse en particulier dans le scherzo pour soprane “Guardati” de Steffani ; lance naturellement les aigus sans laisser entrevoir sa technique vocale irréprochable. Dans “Occhi perche piangete” de Steffani et en particulier dans “Tanti strali al sen mi scocchi”, sa voix répond parfaitement à celle de Martin Oro, aux couleurs chaudes et chatoyantes. Tous deux réalisent de complexes vocalises au sein de ce répertoire richement orné : trilles, arpèges, notes piquées,… “A mirarvi io sono intento” d’Haendel permet à Martin Oro de dévoiler son riche timbre d’alto et son charme italien, qui triomphe dans l’aria “Inquieto mio cor” de Steffani.

Il serait impardonnable de faire l’impasse sur les trois autres instrumentistes, à savoir les violonistes Ana Liz Ojeda et Claudia Combs, et, à la violoncelliste Caterina Dell’Agnello. Elles méritent tout autant des compliments.

Même si l’église romane pouvait encore accueillir quelques auditeurs, la Risonanza a fait briller la Musique tel l’éclat du diamant laissant filtrer une lumière pure et étincelante. L’auditoire a su saluer cette sublime prestation par trois rappels, applaudissements de gratitude. Ayant évoqué tout au long de ce concert l’Amour malheureux selon les propres termes du maestro, La Risonanza a laissé place à l’Amour joyeux et nous a fait l’honneur d’interpréter le sublime final “Pur ti miro, pur ti godo, pur ti stringo, pur t’annodo” de L’Incoronazione di Poppea (Le Couronnement de Poppée)  de Claudio Monteverdi et La Senna festeggiante (La Seine en fête) de Antonio Vivaldi, hommage rendu à Louis XV.

Jean-Stéphane Sourd Durand

Le programme des concerts est consultable sur le site du festival de Froville.