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Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres (Musée Marmottan, Paris)

20 septembre, 2012

Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres

Peintures baroques flamandes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Musée Marmottan Monet, Paris,
du 20 septembre 2012 au 3 février 2013

 

Affiche de l’exposition représentant Cornelis Schut, Suzanne et les vieillards
© Musée Marmottan Monet / J. Geleyns_www.roscan.be

Belle bâtisse de la fin du XIXème siècle à la lisière du cossu XVIème arrondissement, le musée Marmottan Monet est connu pour sa collection de toiles impressionnistes, même si sa principale richesse réside à mon sens dans sa magnifique collection de meubles Empire (lit « de Napoléon » de la Préfecture de Bordeaux aux urnes antiques finement ciselées, impressionnant bureau-ministre « aux lions », sans compter les innombrables girandoles de bronze doré et la délicate pendule Hermès en biscuit de Sèvres…). Mais depuis quelques jours et pour quelques semaines, le musée accueille également dans son sous-sol une quarantaine de tableaux issus des riches fonds des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (MRBA pour les intimes…), qui illustrent les différents aspects de la production picturale flamande du XVIIème siècle.

Antoine van Dyck, Portrait du Pere Jean Charles della Faille
© J. Geleyns_www.roscan.be

Un petit rappel historique est nécessaire pour bien comprendre le contexte. Dans la seconde moitié du XVIème siècle, la propagation des thèses de Luther déchire les Pays-Bas Espagnols, possession de la maison d’Autriche-Espagne chère à Charles-Quint (né à Gand, comme vous le savez tous). La guerre fait rage entre protestants et catholiques, et les communications avec Madrid ou Vienne ne sont pas vraiment aisées pour favoriser la conduite des opérations militaires ni l’affirmation de la souveraineté de la maison d’Espagne. Aussi les Archiducs Albert et Isabelle s’installent-ils a Bruxelles dès 1598, afin de prendre en mains la destinée des Pays-Bas. Ils stabilisent la situation en admettant la sécession des Provinces-Unies au nord (les futurs Pays-Bas) mais en renforçant le catholicisme au sud, dans ce qui deviendra la Belgique actuelle, figeant pour des siècles les frontières dans la région. La Trêve de Douze Ans (1609-1621) met fin pour un temps aux destructions liées aux conflits, et permet de retrouver une certaine prospérité. En 1648 le traité de Munster met fin au conflit avec les Provinces-Unies, mais la France et l’Espagne continueront de s’affronter dans les Flandres jusque dans le dernier quart du XVIIème siècle…

David Teniers le Jeune, L’Archiduc Leopold Guillaume dans sa galerie de peinture italienne
© J. Geleyns_www.roscan.be

Héritage de la Renaissance, l’art demeure indissociablement lié au pouvoir politique. Les Archiducs, en souverains avisés, seront de remarquables collectionneurs. Ils nous accueillent dès l’entrée de l’exposition, sous le pinceau de Rubens, nobles figures en habit noir à fraise hérités du Siècle d’Or espagnol. David Teniers le Jeune nous offre un témoignage du goût des Archiducs pour les arts, avec sa composition « L’Archiduc Léopold Guillaume dans sa galerie de peinture italienne », condensé des caractéristiques de la peinture flamande : précision miniaturiste des tableaux reproduits en miniature, associée à des détails naturalistes comme la présence incongrue des chiens dans un lieu consacré à l’art…

L’exposition est ordonnée autour des différents genres picturaux. Au chapitre religieux, on notera « Suzanne et les Vieillards » de Cornelius Schut, dont la Suzanne opulente à demi-dénudée manifeste son effroi entre deux vieillards lubriques sur un fond d’architecture classique, à l’indéniable influence italienne, ou la grande composition de Rubens « Les miracles de Saint-Benoît », à la profusion de personnages décrits avec soin. Au chapitre histoire, « La mort de Pyrrhus » semble droit sortie d’un décor d’opéra, avec ses personnages héroïques aux costumes colorés dans une architecture antique. Plus réalistes, les sombres portraits de notables par Van Dyck décrivent implacablement la psychologie intérieure de leurs modèles comme celui du Père Della Faille. Surtout, la raffinée « Partie de musique » de Jacob Van Oost l’Ancien nous livre un témoignage précieux des pratiques musicales de l’époque : on y distingue nettement la viole et le violon, les partitions des chanteurs…

Gillis van Tilborch, Fete villageoise
© J. Geleyns_www.roscan.be

La peinture de genre permet à l’école flamande d’exprimer son souci de naturalisme et de réalisme, comme dans « La cour de ferme » de Siberechts, où une mère épouillant sa progéniture occupe le centre de la composition. Les scènes d’intérieur sont parfois détournées en de savoureuses parodies, comme dans la « Singerie » de Nicolaes van Veerendael  dont les personnages sont tous remplacés par des singes tandis que l’on retrouve une représentation plus traditionnelle quoique truculente avec la « Fête villageoise » de van Tilborch Mais le clou de cette section est sans doute le truculent et rabelaisien « Le Roi boit » de Jordaens, où trône en son centre un monarque aviné aux traits marqués, outrageusement scatologique avec son ivrogne éructant dans le coin gauche et sa femme torchant le derrière dénudé de son enfant sous les yeux dudit monarque !

Parmi les paysages, notons le délicat « Paysage hivernal au coucher du soleil » de Jacques d’Arthois, tout droit inspiré des fêtes paysannes hivernales de Brueghel. Avec Sayers, les paysages se font plus urbains, comme dans le « Pèlerinage de l’infante Isabelle à Laeken en 1632″, avec la ville de Bruxelles en arrière-plan. Von Ehrenberg nous restitue brillamment l’intérieur baroque richement décoré de « L’église Saint-Charles Borromée à Anvers ».

Abraham Brueghel, Fleurs et fruits
© J. Geleyns_www.roscan.be

Mais le génie pictural flamand de cette période ne s’est exprimé nulle part avec autant de brio que dans ses natures mortes, dont la section clôt l’exposition. Nous émeuvent ici le chardon sourdement lumineux du « Plantes et fruits avec hérisson » de Snijers, les fleurs aux coloris éclatants du « Fleurs et fruits » d’Abraham Brueghel, l’exotisme bariolé de l’oiseau scrutant de manière improbable les cristaux, argenteries et faïences de Delft dans la « Nature morte au perroquet » de van Utrecht. Toutefois c’est probablement le « Coq et dindon » de Jan Fyt qui emporte le plus fort souvenir, avec son combat de volatiles dont les couleurs nous sont parvenues si fraîches qu’ils semblent sortir de la toile !

Bruno Maury

Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres. Peintures baroques flamandes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Du 20 septembre 2012 au 3 février 2013, 2 rue Louis-Boilly, 75016 Paris. Métro : Muette, Ligne 9, RER : Boulainvilliers, Ligne C, Bus : 22, 32, 52, P.C. 

Catalogue d’exposition : Musée Marmottan Monet/ Éditions HAZAN, Bilingue français / anglais, 224 pages – 100 illustrations – Prix : 29 € TTC – ISBN : 978 2754106528 

Lire aussi : Site officiel du Musée Marmottan : www.marmottan.com