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Les divins poèmes de la douleur (Sabadus, Engeltjes, Il Pomo d’Oro – Salle Gaveau, 26/11/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
11 décembre, 2014

Récital Valer Barna Sabadus, Maarten Engeltjes,

Il Pomo d’Oro

Salle Gaveau, 26 novembre 2014

 

Valer Sabadus

Photo : Arens

 

Bach – Vivaldi – Hasse – Pergolèse

Johann Sebastian Bach (1685-1750) et Antonio Vivaldi (1678-1741): Concerto pour flûte à bec, cordes et basse continue BWV975/RV316
Antonio Vivaldi (1678-1741): Nisi Dominus RV 608
Johann Adolph Hasse (1699 – 1783) : Salve Regina
Giovanni Battista Pergolesi ( 1710-1736) : Stabat Mater 

Valer Barna Sabadus – contreténor
Maarten Engeltjes – contreténor
Anna Fusek – flûte

Il Pomo d’oro
Riccardo Minasi – violon et direction

Salle Gaveau – Mercredi 26 novembre 2014

La Salle Gaveau donnait un très bel aperçu des œuvres religieuses de la première moitié du XVIIIème siècle parmi les plus appréciées du public : le Stabat Mater de Pergolèse et le Nisi Dominus de Vivaldi. Bien que ces oeuvres sont régulièrement jouées, cette soirée était l’occasion de découvrir une nouvelle interprétation par deux jeunes contreténors à la colorature différente accompagnés par l’ensemble Il Pomo d’Oro.

Après une « introduction » – très réussie – avec le Concerto pour flûte à bec, cordes et basse continue de Johann Sebastian Bach et Antonio Vivaldi, le Nisi Dominus (1739) du prêtre roux proposait une recherche spirituelle servie par la belle voix de Valer Barna Sabadus. Une voix de haute contre au souffle long et à la technique irréprochable mais qui semblait encore se chercher pour retranscrire les sentiments du texte. Un legato remarquablement interprété et un entrelacement grandiose entre partie instrumentale et voix soliste nous acheminaient vers Dieu.

Le Salve Regina (1736) de Hasse permettait ensuite d’avoir un aperçu des figures stylistiques chères à ce compositeur allemand. Les ornements accompagnant le premier mot « salve » évoquaient l’art ornemental et belcantiste de l’opera seria, la longueur des phrases. Les longs mélismes sur une seule syllabe étaient aussi pour Maarten Engeltjes l’occasion de déployer toute la richesse et la puissance de sa tessiture. Son attaque frontale du texte respectait le rythme et la rondeur des notes retranscrivait parfaitement le caractère solennel de la prière. Il était en outre accompagné par les sons très purs des violons. L’ampleur de sa voix était cependant altérée par un souffle plus court et une voix moins caractéristique que celle de Valer Sabadus.

Le Stabat Mater de Pergolèse, composé peu avant la mort du compositeur en 1736, fut l’occasion pour les chanteurs de dialoguer harmonieusement sur cette œuvre qui reste l’une de mes préférées du répertoire baroque. J’étais d’autant plus attentive à son interprétation. Ecrit pour deux voix solistes, soprano et contralto, le Stabat Mater est construit sur le modèle de la cantate italienne de l’époque, avec arias solistes et duos. Pièces lentes et pièces rapides alternent permettant aux artistes d’exprimer leurs talents. La légèreté de la ligne mélodique était parfaitement rendue par Valer Sabadus grâce à sa maitrise des grands intervalles. La voix de Valer Barna Sabadus exprimait parfaitement la richesse de l’écriture vocale de la pièce et celle plus grave de Maarten Engeltjes apportait un contrepoint et une profondeur à l’ensemble. L’orchestre accompagnait les voix dans une symbiose parfaite, leur permettant de s’élancer sans les étouffer. Un « divin poème de la douleur » selon la formule de Bellini.

Anne-Laure Faubert