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Le séduisant Valer… (Il Pomo d’Oro, Barna-Sabadus, Froville, 11/07/14)

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
26 juillet, 2014

Il POMO D’ORO

dir. Riccardo Minasi

 

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© Festival de Froville 2014 – Valérie

 

Antonio Vivaldi
Nisi Dominus
Sum in medio tempestatum
Concerto in C major

George Friedrich Haendel
Salve Regina

Distribution :
Valer Barna-Sabadus, contre-ténor

Il Pomo d’Oro
Riccardo Minasi, directeur musical et violon
Alfia Bakieva, Stefano Rossi, violons
Giulio d’Alessio, alto
Federico Toffano, violoncelle
Davide Nava, contrebasse
Maxim Emelyanychev, orgue

11 juillet 2014, Prieuré de Froville la Romane, 17ème édition du Festival de Froville (54)

Pour la seconde fois cette année, l’église romane de Froville accueille en son sein l’ensemble Il Pomo d’Oro. Fondé en 2012,  Il Pomo d’Oro s’est rapidement imposé comme ensemble de renommée internationale (Paris, Munich, Londres, Barcelone, Genève). L’ensemble tire son nom d’un opéra d’Antonio Cesti composé en l’honneur du mariage de l’empereur d’Autriche Léoplod Ier  avec Margarita Teresa d’Espagne à Vienne en 1666.

Après avoir accompagné Franco Fagioli le 13 juin dernier en ce même lieu, Il Pomo d’Oro dirigé par Riccardo Minasi, offre ce soir la tendresse de ses cordes à un jeune et séduisant contre-ténor Valer Sabadus, autour des œuvres d’Antonio Vivaldi (1678-1741) et de Georg Friedrich Haendel (1685-1759). Valer Sabadus est né à Arad (Roumanie) en 1986. C’est en regardant avec sa mère une émission dans laquelle intervenait Andreas Scholl, qu’il prit conscience à 17 ans de cette voix, de sa voix de contre-ténor. Sa mère, pianiste, l’encouragea vivement. A 18 ans, Valer Sabadus part donc étudier à la Hochschule de Munich, sous la houlette de la soprano Gabriele Fuchs. En 2012 dans l’Artaserse de Leonardo Vinci, ouvrage méconnu du compositeur calabrais recrée à Nancy, le chanteur roumain incarnait une Semira, gracieuse aux côtés d’autres contre-ténors tels que Philippe Jaroussky, Max Emmanuel Cencic, Franco Fagioli et Yuriy Mynenko.

Sous la direction du violoniste Riccardo Minasi, Valer Sabadus interprète comme première pièce le Nisi Dominus, RV 608 de Vivaldi. L’allegro “Nisi Dominus aedificaverit domum” cerne déjà le talent du contre-ténor. Sa voix, d’une pureté exemplaire, envahit la nef. Le son jaillit sans rencontrer d’obstacles, il s’étale en douceur jusqu’au fond de l’église. L’ouverture instrumentale de l’andante “Cum dederit dilectis suis somnum” (“Le seigneur comble ses amis dans leur sommeil”) – du Nisi Dominus sublime le chant en plongeant l’auditoire non pas dans le sommeil mais dans une écoute attentive. Il rend gloire à la Sainte Trinité dans le larghetto “Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto” avec d’élégants aigus, magnifique échange entre le violon de Minasi, le violoncelle de Federico Toffano - remis de sa blessure – et l’orgue de Maxim Emelyanychev doté d’une technique imparable au continuo. Sabadus « secoue » les corps, les cœurs grâce à l’agilité et à la consistance inhabituelles dans le registre aigu dans Sum in medio tempestatum, RV 632 de Vivaldi. Son ornementation riche et plus que précise dans ce ciel orageux se déverse tels les flots tempétueux ballottant un navire. Il met la technique au service de la seule expression.

Afin de nous remettre de nos émotions, Il Pomo d’Oro interprète avec brio le concerto in C major de Vivaldi. Les respirations sont profondes. Le phrasé soigné attribue à cette pièce une envoûtante sonorité. Remercions les autres instrumentistes non cités jusqu’à présent à savoir Stefano Rossi, Alfia Bakieva, aux violons, Giulio d’Alessio à l’alto,  Davide Nava à la contrebasse.

La dernière entrée en scène du contre-ténor a lieu sur le Salve Regina de Georg Friedrich Haendel. Une sensation peu commune se fait sentir, les notes semblent être suspendues à un fil fragile que le moindre souffle d’air pourrait rompre. Grâce à son engagement dramatique et à son style raffiné, Valer Sabadus « plaide » humblement notre cause à la Vierge Marie “O clemens, o pia, o dulcis virgo Maria”. Personne n’ose troubler ce précieux moment de béatitude, seul le silence se fait entendre et règne dans l’église romane pendant une bonne minute.

Le public, sortant de son recueillement, reconnaît sans condition ce travail orchestral et vocal en ovationnant les artistes. Deux bis tirés du Nisi Dominus sont offerts. Ils scellent définitivement dans ce lieu  la finesse et l’élégance qui caractérisent Valer Sabadus. Magnifique !

Jean-Stéphane Sourd Durand

 

Le programme des concerts du festival de Froville est consultable sur : www.festivaldefroville.com