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Sacré Erlebach !

Muse4
31 décembre, 2007

Philipp Heinrich ERLEBACH (1657-1714)

« Die Liebe Gottes ist ausgegossen » – Cantates sacrées

 

Dorothee Mields, Margaret C. Hunter (sopranos), Alexander Schneider (alto), Andreas Post (ténor), Mathias Vieweg (basse)
Les Amis de Philippe
Ludger Rémy, direction.

2 CDs, 103’12, CPO collection « Thuringia Cantatas », volume 7, enr. 2007.

Voici une addition bienvenue à cette période trop peu connue de la musique baroque allemande de l’avant-Bach. Comme si l’imposante stature du Cantor avait éclipsé tous ses prédécesseurs, reléguant Buxtehude, Schelle, ou ce brave Erlebach à un coin sombre de postérité. Le 350ème anniversaire de la naissance de ce compositeur natif d’Esens (Frise orientale), Kapellmeister de la cour du Comte Albert-Anthon von Schwarzenberg-Rudolstadt a été le prétexte salvateur de cette courageuse entreprise discographique. 27 compositions sacrées complètes nous sont parvenues, dont sept font l’objet de ce programme (l’incendie du château en 1735 explique la disparition de nombreuses autres partitions ; 750 ont été cataloguées). On y trouve des morceaux pompeux avec trompettes et timbales (Cantate de Pâques Ich will euch wiedersehen, cantate de Noël Fürchtet euch nicht) tout comme des pièces intimistes (Betrübtes Herz, erfreue dich ! pour alto et basse).  

Les solistes font preuve d’un réel engagement collectif, ne cherchant jamais à se mettre individuellement en avant. Cette posture de retenue est parfois un peu dommage, car si elle confère à ces 2 heures une douceur enveloppante, les mouvements perdent en variété. Le duo « Jesus, du reckst deine Hände » (cantate Siehe, um Trost war mir sehr bange) aurait gagné à être plus dynamique, l’opulent chœur « O fröhliches Sehen » s’avère un peu routinier pour une célébration fastueuse (cantate « Ich will euch wiedersehen »). En revanche, les passages plus tendres sont joués avec émotion, les articulations se font amples, les respirations nombreuses. Ludger Rémy dirige son orchestre avec naturel et décontraction : certes les attaques ne sont pas des plus précises, les tempi pourraient être plus resserrés, mais il parvient à insuffler un climat quiétude et de méditation, teinté d’une pointe de verdeur populaire. En bref, les Amis de Philippe livrent une lecture colorée, simple, presque un peu frustre, des cantates d’Erlebach. Les cordes, très grainées, sont plus à l’aise pour dépeindre la souffrance des lamentations que pour les arpèges italianisants ; les cuivres et les bois sont d’une très haute tenue. Et pour ceux qui souhaiteraient continuer le voyage en Thuringe baroque, des sonates du même compositeur sont parues l’année dernière chez Alpha dans l’interprétation très libre de Stylus Phantasticus.

Amandine Blanchet

 Technique : Bon enregistrement, pas de remarques particulières.