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Saint-George le dragon

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
22 mars, 2013

Soirée Chevalier de Saint-George

Vendredi 22 mars, Théâtre Olympe de Gouges, Montauban
Dans le cadre du festival Passions baroques à Montauban 2013

« Monsieur de Saint-George, le nègre des Lumières « 
Conférence d’Alain Guédé

Mais c’est assez de ces musardises autour de la Place Royale – pardon Nationale – et de son marché, et  c’est vers le Théâtre Olympe  de Gouges que nous mènent nos pas, pour la conférence d’Alain Guédé, grand spécialiste de Monsieur de Saint-George auquel il a consacré une biographie (Acte Sud) et une association. Certes, on protestera devant le qualificatif de « baroque » pour ce répertoire bien tardif et classicisant, mais cette manie de mettre en avant des musiciens favoris de Marie-Antoinette est aussi à l’ordre du jour du côté du CMBV (Guétry notamment) et l’on pardonnera aux organisateurs cet écart, tant la vie trépidante du Chevalier rejoint le mythe. « Nègre à talents », compositeur, bretteur exceptionnel, cavalier émérite, grand séducteur, courtisan, coqueluche du Tout-Paris,  officier des armées de la Révolution, Monsieur de Saint-George fut tout cela, comme le rappelle Alain Guédé avec truculence, s’attardant entre autres à camper le contexte de cet Ancien Régime finissant, et le caractère unique de cette destinée hors normes, soulignant que derrière l’élève de Leclair et de Gossec subsiste « un peu de métissage derrière le vernis mozartien ». Alain Guédé rappelle également les revers de fortune de cet enfant chéri, dont Marie-Antoinette (à l’époque encore Dauphine) s’enticha ce qui donna lieu à une cabale contre l’éventuelle nomination de ce métisse au poste prestigieux de Directeur de l’Opéra de Versailles et de l’Académie royale de Musique (rien de moins !). Tout au plus regrettera t-on que l’histoire et les fréquentations du Chevalier, son intronisation maçonnique, les mèches de cheveux de ses conquêtes féminines, l’emportent sur une analyse plus musicale.

Jean-Marc Andrieu, Lucien Pagnon et Yoko Kawakubo © CV

« Le Chevalier de Saint-George, homme de pique et musicien de cœur »
Symphonie opus IX n°2 en ré majeur, G 074
Concerto pour violon et orchestre en do majeur opus V n°1, G 031
Symphonie concertante pour 2 violons et orchestre en sol majeur pous I n°13, G 024
Symphonie concertante pour 2 violons et orchestre en sol majeur opus IX n°2 en la majeur, G 066
Symphonie en sol majeur opus XI n°1, G 073

Violons solo : Lucien Pagnon & Yoko Kawakubo
Les Passions
Direction Jean-Marc Andrieu

Royal fireworks 

La musique de Monsieur de Saint George est à son image, brillante, fière, élégante, virtuose et tumultueuse. Cela les Passions l’ont compris et Jean-Marc Andrieu a privilégié une lecture lumineuse et optimiste, très dynamique, d’une vivacité énergique et souriante. Certes, il a fallu au départ quelques moments afin que l’orchestre trouve ses marques, et affiche une bonne cohésion entre les lignes, et l’Allegro presto de la Symphonie n°2 a manqué de nervosité dans les attaques. Mais bien vite, l’auditeur se laisse entraîner par un son ample et coloré, d’où émerge ça et là des accents effectivement pré mozartiens (le Presto carré de la symphonie précitée n’est pas sans lien avec « Ein musikalischer Spass »). Surtout, le Concerto pour violon permet à Lucien Pagnon de dévoiler son archet solaire, techniquement impressionnant dans ces comètes de doubles croches échevelées, souvent surprenant dans les ornements et les cadences (particulièrement historiquement bien informées, malgré un résultat parfois troublant pour nous autres baroqueux). L’Andante moderato, un brin vénitien, de même que l’Allegro de la Symphonie concertante n°13 ont révélé un style plus gracieux et sensible qu’au premier abord, la musique de Monsieur de Saint George préférant souvent les ors aux ombres.

 

Jean-Marc Andrieu et les Passions © CV

Les symphonies concertantes pour deux violons ont permis le dialogue animé et complice des deux solistes, entre un Lucien Pagnon d’airain, assuré et éloquent, et une Yoko Kawakubo à l’instrument plus délicat, notamment dans les aigus, apportant dans les passages en imitation un éclat plus doux à l’écriture très démonstrative du Chevalier.  Du côté des passions, on admire les textures combinées des hautbois et des cors, le soutien décidé et volontaire, comme dans l’Allegro de la Symphonie n°1.

Toutefois, nous conclurons sur une réserve, relative non pas à l’interprétation optimiste et engagée des Passions, mais à ce répertoire même. N’aurait-il pas été plus judicieux de préférer à la pyrotechnie classicisante – un peu roborative avouons-le – de Saint-George des compositions de son maître Jean-Marie Leclair, plus poétique et contrasté ? Car la musique du « Nègre des Lumières » demeure harmoniquement pauvre, très homogène dans ses climats, avec relativement peu de développements. Comme le rappelle Lucien Pignon, « Il n’y a pas de profondeur dans cette musique : on ne venait pas pour cela, mais pour admirer le brillant d’un jeu de caractère ».  Ce qui nous a manqué le plus, ce sont les respirations des mouvements lents, les ruptures de ton, la variété d’un langage où les nombreuses reprises n’évitent pas toujours l’écueil de la monotonie. Cependant, ce sont là des considérations plus générales sur l’évolution du goût et du style musical, et on ne saurait blâmer les musiciens de n’avoir pas insufflé plus que ce que le compositeur a légué de son trait de plume…

Viet-Linh Nguyen

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