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« Scélérat de Casca »

Publié dans : Actualités - Edito
15 mars, 2010

Area Sacra du Largo di Torre Argentina, à l’emplacement de la Curie de Pompée, Rome © Muse Baroque, 2009

15 mars 44. L’homme, dictateur à vie depuis février, a hésité. Hésité à venir. Un amoncellement de signes avant-coureurs annonçait le drame et le rendait presque inéluctable, si l’on en croit les contemporains. « Quand on aura découvert les ossements de Capys, un descendant d’Iule tombera sous les coups de ses proches et bientôt l’Italie expiera sa mort par de terribles désastres » était inscrit, rapporte Suétone, sur une tablette de bronze dans le Sépulcre de Capys lors de la démolition d’anciens tombeaux. Les cheveux qu’il avait consacré au Dieu du Fleuve du Rubicon qu’il avait si hardiment traversé faisaient le grève de la faim et versaient des pleurs. L’on parla aussi de feux aperçus au milieu des airs, de bruits nocturnes, de l’apparition d’oiseaux funèbres qui la veille des Ides attaquèrent sauvagement un roitelet porteur d’un rameau d’olivier. L’haruspice  Titus Vestricius Spurinna l’avertit de « Prendre garde à un péril qui ne serait pas reculé au-delà des Ides de Mars ». Sa femme Calpurnia fit d’affreux songes où leur logis s’écroulait et où son mari était percé de coups entre ses bras. Ce matin là, on ne trouva pas de coeur dans l’un des animaux sacrifié et Il avait prévu de congédier le Sénat. Mais Decimus Brutus l’avait convaincu de s’y rendre. Les Pères conscrits se rassemblaient dans le Portique de Pompée, la Curie julienne n’étant pas achevée. Artémidore de Cnide lui remit le plan de la conjuration mais il n’eut pas le temps de prendre connaissance du papier.

[LXXI] Lorsque César entra, tous les sénateurs se levèrent pour lui faire honneur. Des complices de Brutus, les uns se placèrent autour du siège de César ; les autres allèrent au-devant de lui, pour joindre leurs prières à celles de Métellus Cimber, qui demandait le rappel de son frère ; et ils le suivirent, en redoublant leurs instances, jusqu’à ce qu’il fût arrivé à sa place. Il s’assit, en rejetant leurs prières ; et comme ils le pressaient toujours plus vivement, il leur témoigna à chacun en particulier son mécontentement. Alors Métellus lui prit la robe de ses deux mains, et lui découvrit le haut de l’épaule ; c’était le signal dont les conjurés étaient convenus. Casca le frappa le premier de son épée ; mais le coup ne fut pas mortel, le fer n’ayant pas pénétré bien avant. Il y a apparence que, chargé de commencer une si grande entreprise, il se sentit troublé. César, se tournant vers lui, saisit son épée, qu’il tint toujours dans sa main. Ils s’écrièrent tous deux en même temps, César en latin : « Scélérat de Casca, que fais-tu ? » Et Casca, s’adressant à son frère, lui cria, en grec : « Mon frère, au secours ! » Plutarque, La Vie de César

Et alors que César, résigné, se couvre le visage de sa toge et se voit percé du fer des conjurés, qui se blessent parfois même entre eux dans leur rage assassine, nous autres mélomanes préférons de nous échapper de ce bain de sang pour penser au César conquérant de Sartorio puis de Haendel, offensé par le meurtre de son ex-beau-père Pompée au pied de la statue duquel il va agoniser, à l’amoureux de la Cleopatra & Cesare de Graun, ou au magnanime guerrier du Catone in Utica de Ferrandini, sans pour autant oublier que la comparaison avec un tel héros antique ayant presque acquis force mythologique, aux côtés d’Alexandre, ne pouvait que plaire aux monarques européens, exaltant les vertus d’un despote bienveillant, d’un guerrier inégalé et d’un amant fortuné.

V.L.N.