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Sei getreu !

Muse5
31 décembre, 2009

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Cantates « Jesu, der du meine Seele » BWV 78, « Weinen, klagen, sorgen, zagen » BWV 12, « Nach dir, Herr, verlanget ich » BWV 150
Motet (ou cantate funèbre) « O Jesu Christ, meins Lebens Licht » BWV 118
 

Veronika Winter (soprano), Damien Guillon (alto), Marcel Beekman (ténor), Benoît Arnould (baryton)
Akadêmia
Direction Françoise Laserre

64’37, Zig-Zag Territoires, 2009

Ce voyage, c’est celui d’un quatuor de solistes d’exception. Françoise Lasserre a choisi comme fil directeur de ce programme le motif de la chaconne, le fameux tétracorde descendant reposant sur quelques notes d’un thème répété, avec parfois une utilisation envoûtante en basse obstinée. Sans revenir sur le débat sur l’OVPP (de toute façon moins pertinent et controversé pour les cantates de jeunesse du temps de la cour de Weimar), on ne peut qu’admirer la transparence diaphane des lignes, la précision des phrasés, la douce fusion d’un contrepoint exemplaire. Le chœur introductif de la BWV 78 « Jesu, der du meine Seele » frappe par son climat recueilli et fluide, sa souplesse nuancée, une manière de faire ressortir ça et là quelques détails d’instrumentation. On pourrait presque dire que Françoise Lasserre aborde Bach en impressionniste, préférant à la violence caravagesque des touches de couleurs sans cesse en mouvement, sans que jamais la maigreur du chœur ne se fasse véritablement sentir. Le « O Jesu Christ, mein’s Lebens nicht » atteint à cet égard une plénitude équilibrée rarement égalée.

Il faut dire aussi qu’Akadêmia a rassemblé une équipe de solistes de haut vol, très homogènes, capables d’une cohésion sans faille dans les passages choraux – dont témoigne les redoutables entrées fuguées du « Weinen, Sorgen, Klagen, Sorgen, Zagen » qui s’ajustent ici avec une précision millimétrée et une rondeur tout à fait bluffantes notamment dans les harmoniques – mais aussi d’une humilité dans les parties solistes qui font de ces chanteurs une équipe soudée et protéiforme.

Le sautillant duetto « Wir eilen mit Schwachen » sur fond de pizzicatti bonhommes permet aux timbres clairs de Veronika Winter et Damien Guillon de se marier avec grâce. Certes, l’émission de la soprano semble un brin aplatie, la voix manquant de corps et de projection, mais ce caractère innocent, doublé d’aigus purs et d’une agilité certaine n’est pas déplacé ici et convient à l’approche ciselée et cristalline qu’a choisi Françoise Lasserre. Le « Doch bin and bleibe ich vergnügt » (BWV 150) aurait toutefois pu être plus vigoureux, avec des attaques plus fermes. Damien Guillon, quant à lui, fait valoir un timbre assuré et égal sur la tessiture, et un art consommé du phrasé. Le célèbre « Kreuz und Krone » avec hautbois obligé est ainsi interprété avec une aisance et un naturel, sur un rythme coulant.

En descendant dans les registres, Marcel Beekman use avec à-propos d’un ténor chaleureux, capable de très jolis sons tenus, à l’émission régulière. Le « Sei getreu » (BWV 12) accompagné d’une perçante tromba da tirarsi y gagne ainsi une tranquille poésie, une assurance sereine, en dépit de mélismes trop appliqués. Les récitatifs sont également un peu trop artificiels, en dépit des tentatives d’effets déclamatoires dramatiques (Ach! Ich bin ein Kind der Sünden » du BWV 78) loin de l’inégalable Kurt Equiluz chez Harnoncourt (Teldec). Enfin, si le baryton de Benoît Arnould est un peu léger, son engagement sincère et inspiré, son timbre grainé et sa virtuosité font plaisir à entendre. Le « Nun du wirst mein wissen stillen » de la BWV 78 dynamique et fier, le « Ich folge Christo nach » de la BWV 12 nuancé et persuasif.

Françoise Lasserre a opté pour une lecture personnelle et chambriste de ces cantates (et du motet ou cantate funèbre final donné dans sa 2ème version avec les cordes), le climat est tendre, d’une douceur berçante renforcée par une basse continue structurante sans pour autant insuffler trop d’énergie, d’un moelleux sophistiqué avec une très forte prééminence accordée aux voix. Certains plaideront pour une vision plus franche et plus contrastée, ou pour des tempi plus recueillis et des chœurs plus amples qui insisteraient plus sur l’aspect liturgique des pièces. Reste un enregistrement léger mais fervent, aux chœurs d’une singulière beauté, et un orchestre discret et multicolore dont on regrettera simplement l’aspect un peu trop élégamment cursif.

Amandine Blanchet

Technique : enregistrement très clair et précis, rendant justice aux superbes chœurs.