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Le service funèbre de Jean-Philippe Rameau (Capriccio Stravagante, Oratoire du Louvre, 17/09/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
21 septembre, 2014

Le service funèbre de Jean-Philippe Rameau

Capriccio Stravagante Les 24 violons, dir. Skip Sempé

Oratoire du Louvre, 17 septembre 2014

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Le service funèbre de Jean-Philippe Rameau
Jean Gilles – Messe des Morts (version Paris 1764)
Hommages à Rameau

Capriccio Stravagante Les 24 violons
Collegium Vocale Gent
Skip Sempé, direction

Mercredi 17 septembre 2014, Oratoire du Louvre, Paris

 

Comme le tout peut parfois sembler bien supérieur à la somme des parties, certains concerts vous révèlent en direct toutes les raisons que vous auriez pu invoquer pour y assister. En voici quelques unes qui auraient suffit amplement : le lancement du nouveau festival Terpsichore, un concert parisien de ce véritable all-star qu’est le Capriccio Stravagante, le concours du Collegium Vocale pour qui la perfection paraît si souvent accessible. Mais nous allons y ajouter une heureuse nécessité : l’actualité d’un événement discographique illustrant le projet de Skip Sempé de reconstruire la Messe des Morts de Jean Gilles telle qu’elle fut donnée en septembre 1764 lors des funérailles de Jean-Philippe Rameau. Sa version de concert dans les lieux mêmes, portée par des musiciens et chanteurs visiblement totalement investis, a ajouté une dimension émotionnelle particulière à la commémoration, et en a fait l’un des climax de cette année Rameau.

Ce Requiem des grands hommes, antérieur de soixante-ans, conserve toute sa beauté originelle dans l’acoustique réverbérante de l’Oratoire. Mais ce qui fascine, c’est l’habileté du pastiche réalisé conjointement à deux cent cinquante ans de distance par les compositeurs du Concert Spirituel à la mort de Rameau, et par Skip Sempé lui-même. Un public conquis et chaleureux a remercié le disciple de Leonhardt, qui a ajouté sa propre pierre à l’édifice dans un respect scrupuleux de la rhétorique baroque et du goût de l’époque. Les voix sûres de Judith van Wanroij, Robert Getchell, Fernando Guimarães et Lisandro Abadie l’y ont aidé en survolant à merveille un orchestre qui sait parfaitement combiner le geste, l’écoute et la justesse.

© Oratoire du Louvre

© Oratoire du Louvre

Aux contrefactures attestées, authentiques recyclages de pièces de Castor et Pollux augmentés de textes latins, Skip Sempé a ajouté au programme ses propres hommages au Dijonnais. On retiendra la magie du « tristes apprêts » chanté par le hautbois de Jasu Moisio, et la tendresse d’un sommeil emprunté à Dardanus. Skip Sempé aura renoncé à faire entendre à l’Oratoire l’Air des esprits infernaux de Zoroastre, pourtant annoncé au programme, au profit de l’émouvante Entrée de Polymnie des Boréades. Un choix heureux, tant la beauté de cette pièce aux cadences évitées et son interprétation parfaite seyaient au contexte sacré. Cette conversion a saisi le public, qui a pu y sentir là un partage de ce service funèbre avec ses disparus de 2014, Jacques Merlet et Frans Brüggen. En bis, le Plorate, Filii Israel de Carissimi, introduit par le prélude du cantique In navitatem Domini de Charpentier, permettait au Capriccio Stravagante et Collegium Vocale d’achever avec toute la profondeur requise cette soirée si particulière.

Denis Dumée