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Shaked but not stirred !

Muse5
31 décembre, 2011

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Concertos pour clavecin, BWV 1052, 1053, 1055, 1056

 

Béatrice Martin (clavecin Christian Zell, 1737 ainsi que Joan Marti, d’après Zell, 2001)
Les Folies Françoises
Direction Patrick Cohën-Akenine

62’09, Cypres, 2011.

Les Concertos pour clavecin de Bach datent de l’époque de Leipzig, alors que Bach dirigeait le Collegium Musicum de 1729 à 1739 dans la salle ou les jardins du Café Zimmermann. Cependant, l’écriture de certains d’entre eux remonte probablement à de plus vertes années dans les cours de Köthen et Weimar. Véritables concertos pour solistes, dans la lignée du 5ème Brandebourgeois, ces concertos sont pour beaucoup des transcriptions d’œuvres d’autres compositeurs (Vivaldi notamment), ou de Bach lui-même, et nécessitent des effectifs chambristes, quoique certains concertos réunissent jusqu’à quatre clavecins.

Les Folies Françoises s’engouffrent dans le café avec enthousiasme et gourmandise, bousculant les tables, faisant taire les conversations, happant d’emblée l’auditeur par leur jouissive spontanéité, et un sens mélodique hédoniste. Les cordes, précises et vives, ne négligeant pas les phrasés en dépit de tempi endiablés, circulent en arabesque autour du clavier survolté de Béatrice Martin dont l’instrument fait valoir des aigus cristallins. Il règne ainsi sur la BWV 1052 un caractère ludique affirmé, un préclassicisme (oui, osons, le mot pour du Bach)  d’une expressivité étonnante, qui pourrait s’expliquer par l’hypothèse d’un compositeur italien (que Sylvain Fort identifie comme Vivaldi dans les notes de programme mais le sujet n’est pas encore tranché avec certitude). L’Allegro initial se réveille, virevoltant et fier, bouillonnant d’un hyperactivisme communicatif. On regrette cependant que l’Adagio qui suit soit un peu trop allant et raffiné, avec un orchestre refusant toute pesanteur dramatique, à l’inverse de la lecture sombre, d’une sève compacte et puissante, qu’offrait le Leonhardt Consort un brin dépressif. Force est cependant d’avouer que cette vision énergique, ébouriffante de virtuosité assumée sans brutalité, à la contrebasse bien assise, emporte aisément l’adhésion, d’autant plus que l’orchestre ne compte que… cinq instrumentistes  (2 violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse) ce qui confère aux cordes une texture d’une transparence solaire sans oblitérer les mouvements de masse et l’opposition soliste / orchestre.

La même observation d’une insoutenable légèreté des Folies vaut pour le Concerto BWV 1053, qui provient sans doute d’un concerto plus ancien de Bach écrit pour un instrument mélodique (hautbois ?), la fluidité nuancée, les perles moirées du clavecin, la plénitude sonore dont font preuve les artistes n’appellent là-encore que des éloges, notamment la belle Sicilienne, incertaine et veloutée.

Peut-être est-ce le Concerto BWV 1056 qui nous a le moins séduit, en raison d’une interprétation sensible et fine, mais plus sage et conventionnelle que les autres œuvres, où l’on ne retrouve pas cet élan et ce souffle sulfureux qui élèvent les mouvements au-delà de la seule musique de divertissement. Plus formel et plus posé, le concerto ne convainc pas, et l’ennui distingué qui s’en dégage culmine avec le tendre Largo, presque mignard.

Mais, à l’exception de cette réserve, voilà une parution décoiffante et optimiste, d’un naturel fougueux, et qui donne envie d’espérer d’autres volumes.

Amandine Blanchet

Technique : bon enregistrement, transparent et précis.

Lire aussi :

Jean-Sébastien Bach, Intégrale des Concertos pour clavecin, Leonhardt Consort, dir. Gustav Leonhardt (Teldec, enr. 1968)
Jean-Sébastien Bach, Concertos pour clavecin, Bertrand Cuiller, Stradivaria, dir. Daniel Cuiller (Mirare, 2009)
Jean-Sébastien Bach, Concertos pour clavecin, Accademia Bizantina, dir. Ottavio Dantone (Decca, 2009)

  1. One Response to “Shaked but not stirred !”

  2. […] de disséquer les mouvements, rappelons aux étourdis que pour discrète qu’elle soit (malgré un récent enregistrement avec Les Folies Françoises chez Cyprès), la claveciniste n’en est pas moins célèbre de par son association fréquente avec les Arts […]