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Sous la dure saison…

Publié dans : Actualités - Edito
15 juillet, 2008

Nicolas Poussin, L’Eté (c. 1660), Musée du Louvre, Paris. D.R.

Sous la dure saison écrasée de soleil,
Homme et troupeaux se languissent, et s’embrase le pin.
Le coucou se fait entendre, et bientôt d’une seule voix,
Chantent la Tourterelle et le Chardonneret.

Zéphyr souffle doucement, mais, tout à coup,
Borée s’agite et cherche querelle à son voisin.
Le pâtre s’afflige, car il craint
L’orage furieux, et son destin.

À ses membres las, le repos est refusé :
La crainte des éclairs et le fier tonnerre,
Et l’essaim furieux des mouches et des taons.

Ah, ses craintes n’étaient que trop vraies,
Le ciel tonne et fulmine et la grêle
Coupe les têtes des épis et des tiges.

Vivaldi, sonnet accompagnant l’Eté des Quatre Saisons.

Voici le dur été vivaldien. Un été lourd et pesant, où les corps exsangues, bousculés par un soleil ardent, ne trouvent le repos que dans l’effondrement et l’affliction. La nature se réjouit, heureuse de poursuivre ce cycle des saisons et de laisser les oiseaux renouer avec leurs chants, des innocents moineaux au redoutables mouches. Mais pas l’homme. Car, à la relecture de ce sonnet soi-disant attribué à Vivaldi, il semblerait que l’été ne soit pas la saison favorite du Prêtre roux. L’on y trouve ce laboureur, poussière d’étoile, noyau brinquebalé par des forces qui le surpassent, totalement abattu par la torpeur estivale. Prêtait-t-il une oreille attentive, ce laborieux travailleur, au champ du coucou ? Ne l’imagine-t-on pas plutôt, le chapeau de paille rabattu sur les yeux, abrité sous l’ombre salvatrice d’un cyprès bien placé, éponger son front humecté de sueur en tentant de profiter de la moindre miette de brise ?  Et cet été italien, que l’on aurait pu imaginer inondé d’un soleil doré transformant les portiques de villas palladiennes en d’autant de décors à la Strehler éclairés à contre-jour, n’est pour lui qu’un supplice. Poursuivi par d’hostiles créatures, sa force amoindrie par un climat trop favorable, subissant la colère divine de la foudre et du tonnerre, fuyant un prélude de déluge, le malheureux ne peut plus s’en remettre qu’à une seule chose : l’automne.

Cette curieuse impression semble confirmée par l’écoute des Quatre Saisons. Le Printemps y apparaît radieux et vif, promesse de temps heureux, de satisfaction repue, de plaisirs renouvelés. L’Eté rude, sauvage et violent, regarde vers nous avec l’inimitié de l’ennemi héréditaire et cependant complice. Et de manière inattendue, après un Automne alangui et joyeux, c’est peut-être dans ce Largo de l’Hiver d’une tendresse toute maternelle que se trouve le fragment le plus touchant de ces quatre concertos. Alors qu’alentour la nature n’est plus qu’un miroir de glace qui cède sous les pas retenus par des bourrasques glacées, claquemuré derrière les remparts de son humble demeure, l’homme, pelotonné près de son réchaud, passe enfin des jours paisibles et contents.

À l’inverse de Vivaldi, nous nous vous souhaitons un été de voyage et de découverte, de repos et d’émerveillement. Peut-être auriez-vous la chance de vous rendre dans l’un de ses charmants villages où fleurissent les festivals musicaux. Vous pourrez alors, loin de l’anonymat des grandes salles, et au milieu d’un public tout entier acquis à la cause, applaudir avec clémence et enthousiasme vos artistes favoris. Peut-être, plus simplement, aurez-vous enfin le temps de vous replonger dans votre discothèque, de la compléter, et de vous ressouvenir, à la vue d’une jaquette, d’un concert ou d’un artiste. Quoi qu’il en soit, la Muse Baroque demeurera fidèlement à vos côtés en cette période de canicule, et vous souhaite d’excellentes vacances, baroques bien entendu.

 

Viet-Linh NGUYEN