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Star wars : a new Hope

Muse5
31 décembre, 2008

Antonio VIVALDI (1678-1741)

Concertos pour violon
Aria « Sovvente il sole » 

Daniel Hope (violon)
Chamber orchestra of Europe
Direction Lorenza Borrani 

56’49, Deutsche Grammophon, 2008. 

On nous pardonnera le jeu de mot facile et de bas étage. Mais à l’instant où nous prononçons le nom de Daniel Hope, nous imaginons déjà une partie de nos lecteurs, la bouche en cœur, soulevant un sourcil étonné à l’idée de trouver ici ce violoniste talentueux, élève de Menuhin, bien plus célèbre pour ses incursions chez Beethoven ou Mendelssohn que dans la Sérénissime du Prêtre Roux.

Pour ce 1er enregistrement vivaldien, longuement mûri, Hope s’est entouré du Chamber Orchestra of Europe (sur instruments modernes, aïe) tout en optant pour un continuo réunissant clavecin, guitare et harpes baroques (ouf). Il justifie d’ailleurs ses choix interprétatifs dans l’entretien qu’il nous a aimablement accordé. Pour Hope, l’esprit prime la lettre, l’invention et le mouvement ne s’embarrassent pas des minuties de facteurs allant vérifier la longueur des manches, les dimensions de la caisse, la hauteur de l’âme… Les « baroqueux » que nous sommes regretteront un peu cette approche en demi-teinte, centriste pourrait-on dire et qui a l’inconfort d’un entre-deux-rives façon entrevue de Tilsit entre une véritable interprétation historique (l’expression française, maladroite, ne rend pas la subtilité de l’ « historical informed interpretation » qui désignerait plutôt un jeu en toute connaissance de cause) et une de ses vielles confitures nostalgiques dont nous gratifiait autrefois Claudio Scimone et consorts.

Toutefois, l’écoute du programme balaie la plupart de ces craintes grâce au dynamisme relaxé et à l’archet racé du soliste, et de son bel instrument XVIIIème. L’assortiment de concertos débute par une « Inquietudine » pyrotechnique, où Hope fait valoir une ligne mélodique souple et élégante. Le Chamber Orchestra of Europe ponctue le discours, soutenant de manière dynamique et farouche le violoniste. Cette mise en bouche classieuse se confirme dans les œuvres suivantes, et révèle une touche hopienne reconnaissable à un mélange subtil d’épure et d’ostentation joyeuse voire naïve. Il y a une indicible netteté dans les transports de cet archet, un sens inné du croquis, des contours.

Souverain et espiègle, dotée d’un chic débraillé très Régence, « La Follia » et ses 19 variations laisse admirer un continuo multicolore et foisonnant, même si l’interprétation de Hope n’atteint pas l’ébouriffant déferlement d’Il Giardino Armonico (Teldec). La fameuse « Tempesta di Mare » est quant à elle brossée avec des touches fermes et vigoureuses et des articulations soignées qui démontrent – si besoin était – que le chef a intégré les enseignements du mouvement baroque.  Enfin, citons un n°11 opus 3 lyrique et minimaliste, à la sobriété japonisante, jouant sur les contrastes et les respirations, extrêmement différent de la version de référence de Fabio Biondi (Virgin).

Et, pour conclure, nous nous joignons à Anne-Sofie von Otter – qui apparaît lors d’un clin d’œil complice pour un trop court air d’opéra – pour saluer une lecture fine et aérée, au confluent du classicisme dégraissé d’un Nigel Kennedy et de la noblesse digne de Giuliano Carmignola… tout en souhaitant que pour la suite de ses voyages baroques, Daniel Hope se convertisse entièrement aux instruments d’époque. Et si les baroqueux puristes ne se satisferont pas de cette vision solaire, trop mélodique, presque gorgée de sa beauté, les amateurs de Vivaldi plus tolérants sur l’instrumentarium pourront sans déconvenue se frotter à cet espoir qui porte si bien son nom.

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son aérée et vigoureuse.