Close

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’optimisation de votre système haute-fidélité (sans jamais oser le demander)

Publié dans : Articles - Dossiers - Essais
9 novembre, 2011

Première partie

B. Bettera, Nature morte aux instruments © Saint Louis Art Museum

B. Bettera, Nature morte aux instruments © Saint Louis Art Museum

 

Combien de mélomanes n’ont pas été surpris, invités chez des amis atteints du même virus, de déguster des enregistrements rares dans la quiétude d’un confortable canapé tous droits sortis d’une sorte d’infâme chaîne stéréo (entendez par là un système audio d’une qualité médiocre, parfois camouflée sous le design chromé le plus splendide voire le plus coûteux) ? Combien d’audiophiles n’ont pas été aux affres de constater les mariages contre-nature entre certains amplis et enceintes, et ont été taxés de noms d’oiseaux lorsqu’ils ont tenté d’expliquer à quel point la technique, ses petites soudures et ses composants miniatures apportait ou non un rendu naturel, chaleureux, ou nerveux favorisant plus ou moins telle ou telle fréquence et donc tel répertoire ? Il était donc temps de lever un petit coin de voile sur la Technik, et de vous livrer la première partie de ces mémoires d’un audiophile bien cablé.

« Vous entendez cette transparence ? Cette dynamique ? C’est tout simplement prodigieux… »

Lorsque j’étais étudiant, j’aimais m’arrêter dans un magasin parisien dont le nom « Lyrique » était pour moi, jeune mélomane, évocateur à souhait. Un jour, alors que ce dernier réalisait une écoute comparative d’enceintes, un client entra soudain dans l’auditorium et manifesta immédiatement son enthousiasme : « ce sont les colonnes qui fonctionnent aussi bien ? ». J’échangeai alors un sourire complice avec le vendeur, car les enceintes qui diffusaient de manière convaincante je ne sais plus quelle pièce orchestrale n’étaient pas les imposantes colonnes de deux mètres de haut, mais les discrètes « boîtes à chaussures » timidement campées sur leurs pieds !

Changement ne signifie pas amélioration

D’accord, j’avoue que les petites enceintes étaient des modèles professionnels fabriqués sur cahier des charges de la BBC et que les pieds particulièrement lourds contribuaient de manière non négligeable à leur succès ; n’empêche que le premier commandement du mélomane audiophile est « aucun préjugé tu n’auras ». Certains fabricants et commerciaux sans scrupules en ont fait malheureusement leur miel, et les clients leur frais. On trouve en effet sur le marché pléthore d’accessoires plus ou moins coûteux, accompagnés d’autant de discours ésotériques qui promettent monts et merveilles et ce, sans rien changer d’autre à son système haute-fidélité. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, beaucoup de ces accessoires apportent un changement dans la restitution musicale de nos enregistrements préférés, mais c’est précisément cela le problème : changement ne signifie pas amélioration, car comme disait le créateur d’une voiture de sport célèbre « c’est facile de changer et plus difficile d’améliorer ».

Enceintes Harbeth BBC LS5/12A, descendantes des 5A conçues dans les 70's pour le monitoring des prises de son sur place de la BBC

Enceintes Harbeth BBC LS5/12A, descendantes des 5A conçues dans les 70′s pour le monitoring des prises de son sur place de la BBC

Par exemple, un ami passionné d’opéra s’enticha d’une marque de support anti-vibrations et en plaça partout dans son système, à savoir sous tous les appareils ainsi que sous les enceintes. Alors qu’il m’invita pour me faire entendre le résultat de sa découverte, je ne pus que constater le côté terne et ennuyeux de la musique par rapport à la situation antérieure. L’accessoire donnait certes plus de lisibilité aux registres bas médium et grave (on percevait plus de détails), mais aussi une coloration contre nature que mon ami n’entendait pas en raison de sa motivation. En passant, veuillez noter cet autre apophtegme : « de ton enthousiasme tu te méfieras ».  

Au risque de perturber une grande partie des lecteurs, il faut savoir que pratiquement tout a une influence dans le domaine de la reproduction musicale, ce qui implique qu’il n’est vraiment pas difficile de changer le son d’un système. Autrement dit, le nombre de facteurs auquel une « chaîne hifi » est sensible est si important, que n’importe qui peut en modifier ses caractéristiques sonores. D’ailleurs, celles-ci évoluent sans que vous le sachiez : n’avez-vous pas remarqué que le son était plus agréable tard dans la nuit qu’à l’heure du dîner ? Autre illustration, demandez à vos invités leur téléphone portable que vous déposerez dans une pièce éloignée, puis écoutez la différence entre avant et après. Le résultat n’est pas le même non plus si vous êtes seul ou plusieurs en face des enceintes (vous me direz très justement qu’une salle de concert vide ne sonne pas pareil qu’une salle pleine) ; amusez-vous aussi à bouger quelques objets un peu volumineux ou des meubles, vous n’obtiendrez pas le même rendu sonore. Les différences sont plus ou moins notables, mais elles existent ; elles ne sont surtout pas de même nature d’un point de vue qualitatif, et nous touchons la question centrale de mon propos : si tout a une influence, il est légitime de se demander ce qui améliore le plus la restitution musicale d’un système haute-fidélité. 

Avant de tenter d’aller plus loin, je propose une pause terminologique. Sans être béotien, on peut effectivement dire que le changement c’est quand c’est différent et l’amélioration quand c’est mieux. Qui plus est, si l’amélioration c’est du changement, le changement c’est pas forcément mieux, comme on vient de le voir. Bref, comment sait-on que c’est mieux en haute-fidélité, c’est mieux par rapport à quoi et selon quels critères ? Vous avez peut-être déjà vécu ce type d’expérience dans un magasin, lorsque le vendeur, après avoir ajouté à son système de démonstration l’appareil ou l’accessoire qui est censé bouleverser votre écoute, commente en temps réel et avec charisme la transformation qui s’opère selon lui devant vous : « vous entendez cette transparence ? Cette dynamique ? C’est tout simplement prodigieux… ». Alors vous acquiescez et repartez avec le produit miraculeux afin de ne pas paraître moins doué que lui, même si vous n’avez rien entendu en raison justement de l’interférence qu’il a créée.

Pour le test in situ : le Salon des Musiciens de l'Hôtel de Lauzun © Muse Baroque, 2011

Pour le test in situ : le Salon des Musiciens de l’Hôtel de Lauzun © Muse Baroque, 2011

Néanmoins, même si ce sketch – volontairement caricatural – est bien rodé, on se laisse prendre une fois mais pas deux, la fois suivante on demande à emprunter le produit pour l’écouter tranquillement chez soi. Cela a pour avantage, non seulement de ne pas être influencé par le vendeur, mais aussi et surtout de tester le produit sur son système avec ses caractéristiques spécifiques (points forts, points faibles), chaque système étant unique. Cet essai permet de mettre en évidence si l’association entre tous les éléments (y compris l’acoustique de la pièce souvent négligée comme tel) est positive, car la grande majorité des appareils ou accessoires ne fonctionnent pas de manière optimale dans toutes les situations, et c’est l’une des difficultés majeures en haute-fidélité : « le seul test est le test in situ ». Bien évidemment, si le prêt à domicile n’est pas possible, ne vous obstinez pas et changez de magasin… ou de produit. 

Ainsi, le critère qui valide la pertinence d’un changement, donc l’existence d’une amélioration, n’est pas le charisme du vendeur. De manière idéale, un seul critère devrait subsister (j’utilise à dessein ce temps et ce verbe, car les audiophiles ne sont pas forcément mélomanes – oui vous avez bien lu – et beaucoup de mélomanes audiophiles ne savent pas ce qu’ils recherchent) : il y a amélioration lorsque les changements perçus nous rapprochent de ce que l’on entend au concert. Voici un exemple concret : si le remplacement du câble secteur A de votre lecteur CD par le câble secteur B (les câbles secteur ont en effet une signature sonore) contribue à reproduire les timbres particuliers du violon baroque de Julia Fischer, un Giovanni Battista Guadagnini de 1742, celui que vous avez entendu lors de son dernier récital au Théâtre des Champs-Elysées, alors vous êtes sur la bonne voie ! Evidemment je simplifie outrageusement la réalité, puisque si vous avez effectivement entendu Julia Fischer en vrai, l’acoustique de la salle dans laquelle elle a joué revêt une importance considérable sur la sonorité de son violon ; de même, en imaginant que vous l’ayez entendue exactement dans les œuvres qu’elle a enregistrées sur le CD utilisé pour la comparaison, l’acoustique du studio plus ou moins réverbérante influence la prise de son, idem pour les micros et les électroniques mis en oeuvre, sans parler des choix techniques de l’ingénieur du son. Plus rigoureusement, il faudrait par conséquent évoquer comme référence, le son « moyen » (statistiquement parlant) du Giovanni Battista Guadagnini de Julia Fischer, celui que vous reconnaîtriez à chaque concert les yeux fermés dans n’importe quelle salle… 

Enregistrement d'Il Sant'Alessio de Landi par les Arts Flo (1995) © Michel Szabo

Enregistrement d’Il Sant’Alessio de Landi par les Arts Flo (1995) © Michel Szabo

L’expérience musicale

Mais alors, quid d’un opéra ? Est-ce que l’enregistrement CD en public de Hercules par Marc Minkowski doit vous replonger dans l’intensité physique de l’orchestre et des solistes que vous avez tant appréciée en l’an 2000 au Théâtre de Poissy ? Oui et non : non parce que vous n’obtiendrez jamais l’ampleur d’un orchestre (baroque ou pas d’ailleurs) dans votre salon, oui parce que l’on peut retrouver aujourd’hui, grâce à l’optimisation d’un système haute-fidélité, certains aspects qui vous feront revivre cette soirée mémorable. Attention je parle ici uniquement de l’expérience musicale que procure une « chaîne hifi » stéréo sans image, mon propos ne concerne pas la visualisation d’un DVD à l’aide de la technique « home cinema » multicanale. La magie de la haute-fidélité dépend justement de sa capacité à suggérer seulement à partir du son la présence physique des instruments, grâce notamment à une spatialisation précise des musiciens, une séparation claire des pupitres, des écarts dynamiques fidèlement restitués et des timbres réalistes (magie inexistante avec le cinéma à domicile, il suffit de couper l’image pour s’en rendre compte, mais c’est un autre sujet). Autrement dit, les attentes que l’on peut avoir dans le cas d’un orchestre sont identiques à celles mentionnées plus haut pour la violoniste, la notion de « réduction » (l’orchestre doit tenir dans votre salon) impose cependant des limites à l’exercice de comparaison entre le CD et le concert ; mais le naturel et la psychologie qui se dégagent d’un tableau de Vermeer ne sont pas dus à la taille de la scène, fort heureusement…

Ecouter avec ses oreilles

Pour conclure, si je devais énoncer un seul conseil, il serait d’une grande banalité : il faut d’abord apprendre à écouter avec ses oreilles ! Dans notre société dominée par l’image et envahie par le bruit, nous avons du mal à définir le son d’un instrument, d’une salle, ou d’une voix. Or, quiconque veut faire progresser son système haute-fidélité doit s’interroger sur la qualité de ce qu’il entend chez lui par rapport à une performance réelle. Cette démarche n’est pas facile, mais sans elle, on ne fait que comparer des appareils ou des accessoires entre eux, ce qui n’a pour moi aucun intérêt. Après cette introduction, je vous invite à poursuivre dans une seconde partie notre voyage au cœur de l’optimisation, avec une présentation de ce que j’appelle les paramètres critiques : vous tirerez un plus grand bénéfice de votre système en améliorant ces paramètres qu’en changeant de matériel. 

A suivre.

Frédéric Laglaive