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Tartinons…

Muse4
31 décembre, 2008

Guiseppe TARTINI (1692-1770)

Sonate a violino solo, Aria del Tasso (La Passion selon Saint Matthieu)


Chiara Banchini (violon), Patrizia Bovi (soprano)

Zig Zag Territoires, 2008

Il y a certaines occasions où l’on voudrait se laisser convaincre et céder aux promesses de ce programme assez original que Chiara Banchini nous propose. Confortablement calée dans un fauteuil, l’opulent coffret entre les mains, on se prend à feuilleter les pages de l’épais livret, qui contient les œuvres poétiques desquelles Tartini s’est inspiré, ainsi qu’une belle iconographie picturale.

Hélas, dès les premières notes, l’auditeur sent monter un malaise indéfinissable, décontenancé par les « novelletés » du sieur Tartini et de ses contemporains. Car les compositions choisies, extraites d’un petit volume de la Bibliothèque del Santo de Padoue qui recèle des sonates pour violon seul destiné à l’usage personnel du maître, dénotent une facture très libre. Loin des modèles de Biber, Bonporti ou Bach, et alors que l’influence corellienne n’est plus qu’infime, Tartini recrée tout un univers sous sa plume, recherchant un beau chant naturel, intercalant de nombreuses citations de musique populaire. Le violon agile et rugueux, quoiqu’un peu geignard de Chiara Banchini déroule les mesures avec talent mais sans grande conviction. Or, cette musique-là n’est pas faite d’arabesques vivaldiennes faciles d’abord, et l’approche trop froide et retenue de la violoniste lui ôte sa force. Défilent alors des mesures ininterrompues d’un méandre surprenant, d’un discours qui peine à séduire et à se faire comprendre. On se retrouve comme un touriste égaré, devant une œuvre d’art sans doute intéressante, au sens obscur. Et les Andante ou les Allegro continuent leur bonhomme de chemin, avec leurs tempi assez uniformes, leurs arpèges impeccablement interprétés comme à l’exercice, leur absence de mélodie ou de motif répété. L’ensemble manque singulièrement de dynamisme et de contraste. De temps à autre, la mystérieuse voix de Patrizia Bovi entonne des airs populaires, sans accompagnement. Et les deux airs qu’elle interprète de son timbre stable et un peu sombre, sans aucune afféterie, touchent plus l’auditeur que les sonates de Tartini, d’un ésotérisme qui se voulait naturel.

Subsiste au terme de ce parcours éprouvant l’impression d’être passée à côté de quelque chose, et le souvenir persistant du magnifique Cantabile de la Sonate en la mineur. Voici donc un disque difficile à appréhender, qui dévoilera peut-être ses secrets au mélomane insistant et dont le plaisir réside paradoxalement plus dans la beauté des sonnets et des vers du Tasse ou de Métastase qui inspirèrent Tartini que dans ce chant violonistique d’un ailleurs incompris. 

Anne-Lise Delaporte

Technique : Bon enregistrement, pas de remarques particulières.