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« Mais ce qui reste est l’œuvre des poètes » (F. Hölderlin, Souvenir)

Muse5
31 décembre, 2010

Georg Philipp TELEMANN (1681-1767)

« Viola di gamba » : Concerti, quadro, Sonate con basso di viola solista

 

Armonico Tributo Austria
Lorenz Duftchmid (viole de gambe & direction) 

69’08, Arcana/Outhere, 2010.

Une parenthèse pour commencer, celle qui nous pousse à louer ces jaquettes traditionnelles ornées de toiles de maîtres, où de caractères typographiques avec d’élégants empattements énoncent le programme. Certes, le docte et élitiste « concerti, quadro, sonate con basso di viola solista » cède la place au plus resserré « Viola di gamba » qui claque comme une promesse exotique, mais on reste admiratif – car vieux-jeu – devant la résistance de certains labels discographiques à se soumettre à la mode de visuels trop racoleurs. Fermons la parenthèse. Donc, mettons notre nom en haut à gauche de la copie et commentons à partir des termes du sujet : « Telemann, Viola da Gamba, Lorenz Duftschmid, Armonico Tributo Austria ». Vous avez 1h.

Armonico Tributo Austria ouvre le bal par le Concerto en la mineur d’une vitalité toute vénitienne qui alterne une diversité de timbres (flûte à bec et violons pour la partie de dessus) et une juxtaposition de très courtes sections. Il en résulte une approche attrayante et colorée, fourmillante et rythmée, mais au souffle bref et d’une superficialité jubilatoire avec les traits de doubles croches resserrées des deux Allegro. De même, le Concerto en sol mineur qui conclut le disque, très albinonien dans son épure mélodique et ses graciles envolées, quoique plus poétique que son confrère, demeure d’une élégance convenue malgré la beauté des bois de l’orchestre.

C’est donc du côté des Sonates, plus personnelles et intimistes, que le mélomane trouvera de petits joyaux grâce aux trois pièces pour viole de gambe seule. Dès les premières mesures de la sonate en mi mineur TWV 41:e5, la viole de Lorenz Duftschmid nous emporte de son phrasé déclamatoire et ample vers des contrées où l’archet correspond au souffle de la voix humaine, dialogue, murmure, médite. Ce Cantabile d’à peine 1 minute 36 par sa simplicité rêveuse s’avère très suggestif, établissant un climat doux de confidence qu’un virtuose Allegro interprété avec une discrétion malicieuse ne fait que renforcer. On apprécie les sonorités grainés et chaleureuses de la viole, alliées à une basse continue enveloppante et délicate (avec une mention particulière au théorbe d’Eduardo Egüez), les tempi équilibrés et d’une fluidité naturelle, l’anti-héroïsme de l’ensemble avec un soliste talentueux mais ne tirant jamais la mélodie à lui. Une telle modestie est presque désarmante dans un Vivace d’une apparente facilité.
La Sonate suivante, en la mineur TWV41:a6 déploie un Largo d’une infinie tendresse, frissonnant comme une enfant loin de l’âtre, berceuse introspective qu’un Soave plus optimiste couronne. Enfin la TWV40:1 avec son noble Andante très français, ses graves appuyés et résonnants en batterie, sa mélodie sinueuse. L’arioso archaïsant et profond, avec ses doubles cordes frottées et ses chromatismes, sa complexité bacchienne, constitue l’un des moments les plus marquants de ce voyage vers les derniers feux de la viole.

Armance d’Esparre

Technique : captation précise, une plus grande prééminence de la viole soliste aurait été bienvenue.