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Sage comme une image

Muse4
31 décembre, 2009

Georg Philipp TELEMANN (1681-1767)

Lust und Vergnügen

 

Trio n°12 en mi bémol majeur
Sonate en fa mineur pour basson
Sonate en si bémol majeur pour hautbois
Sonate en si mineur pour basson
Sonate en mi mineur pour hautbois
Partita n°4 en sol mineur 

David Walther (hautbois), Fany Maselli (basson), Mathieu Depouy (clavecin), Rémi Cassaigne (théorbe), Valérie Dulac (violoncelle) / sur instruments en partie modernes.

62’23, Hérissons Prod., 2009

Le 3ème volume de le nouvelle collection du label Hérissons Prod. s’illustre par sa jaquette très artistique, avec l’énigme de cette sandale en noir et blanc posée sur les pavés. Hélas, l’enregistrement manque justement du mystère et du contraste de la photographie de sa jaquette, en dépit du talent certain des artistes rassemblés. Le programme, baptisé du nom de « Lust und Vergnügen » c’est-à-dire « Joie et plaisir » propose un florilège de musique de chambre pour hautbois et basson, ou plutôt de pièces jouées par des hautbois et bassons, puisque certaines sont transposées. L’on regrettera au passage que les notes d’accompagnement l’absence de la numérotation du catalogue TWV et des recueils d’origine, de même que de la facture des instruments employés, en passant sur la prose assez confuse mais enthousiaste du claveciniste.

De prime abord, la joie est immédiatement perceptible, de même que le plaisir. Les tempi enlevés, la rondeur rieuses des sonorités, la vivacité très allante des articulations tendent à conférer aux œuvres une insoutenable légèreté. On distingue le hautbois disert et juste de David Walther qui se dégage avec espièglerie du Cantabile de la sonate en mi bémol majeur, hésite à s’alanguir dans le Largo de la sonate en mi mineur, préférant se déchaîner dans un Vivace d’une virtuosité naturelle. De même, le basson de Fany Maselli n’est pas de ceux qui, graves et profonds, ponctuent de leurs sons grainés et bougonnant la ligne mélodique, c’est une mousse, une crème, un blanc en neige vaporeux et aérien. Là encore, l’approche, assumée, est celle de la récréation, de l’aimable badinage, de la conversation futile. Côté basse continue, seul le clavecin de Mathieu Depouy parvient, de temps en temps, à structurer un peu plus les arabesques galantes, asseyant les temps forts, scandant le discours, ramenant la volte de Natacha vers des considérations plus terrestres.

Et il faut hélas avouer que l’on finit par se lasser des gracieuses ballerines qui défilent, d’un Triste pas assez désespéré à un Allegro gonflé de satisfaction. Ce qui s’avérait charmant le temps d’une Aria Tempo di Minuetto perd de sa beauté brillante sur la durée, en raison d’une uniformité de ton, d’une superficialité dans le jeu, d’une vision par trop réductrice d’un Telemann si « musique de table », compositeur prolixe et insaisissable, bavard et mondain. Peut-être cette sensation de courtisanerie vaine est-elle due aussi à des notes presque toujours piquées, et au refus de la rupture, de la surprise, d’un éclair de violence qui mettrait fin à ce sourire si constant qu’il en devient agaçant. « Lust und Vergnügen », c’est un peu un de ces portraits officiels en perruque, terriblement parfait, lisse et débonnaire, auquel manque la vie, avec ses imperfections, ses sentiments, son bouillonnement inexplicable. Et si ce CD s’écoute sans nul doute avec joie et plaisir, les bulles de champagne ne persistent guère après l’ivresse d’un instant d’abandon. 

Katarina Privlova

Technique : captation claire et franche, manquant un peu de liant.