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"The pow’r of harmony too well they know" (John Dryden, An Ode on the Death of Mr. Purcell)

Museor
31 décembre, 2010

John BLOW (1649-1708)

An Ode on the Death of Mr. Henry Purcell

Liste des morceaux

Henry PURCELL (1659-1695)
Songs
« Here Let my Life »
« But ah, I see Eusebia Dorwn’d in Tears »
Symphony for the Flutes
« Strike the viol »
« Her charming strains »
Chaconne
« A Song in the Prophetess »
Symphony for the flutes
« No, no Resistance is but vain »
« I love fair Celia »
« Sweetness of Nature »


Carlos Mena (contre-ténor), Damien Guillon (contre-ténor)
Ricercar Consort
Direction Philippe Pierlot

58′, Mirare, 2010.

Il y a de la joie et de la frustration dans le métier de critique. De la joie, quand on a le privilège de faire partager ses découvertes, de transcrire les émotions par des mots, de puiser dans ses connaissances pour justifier et défendre ses choix, à la manière d’un avocat. De la frustration lorsque l’on aurait souhaité afficher une Muse d’Or, et que la Rédaction préfère tempérer nos ardeurs, en raison de l’existence d’un enregistrement de référence extrêmement poignant et profond de cetteOde sur la mort de Mr Purcell, celui de James Bowman et René Jacobs avec le Leonhardt Consort en 1973 (Sony Séon). Mais nous avons tenu bon. Et l’équipe éditoriale a accepté de bonne grâce, d’un geste las mais amical, de respecter notre jugement, et nous la remercions pour cette confiance. Alors nous voici devant cette page verte à devoir plaider. Quelles sont les pièces à conviction ? Principalement une ode, commémorant le trépas prématuré, à l’âge de 36 ans, de Purcell, ultime présent du maître à son élève, hommage de l’organiste de Westminster qui se désista de son propre poste pour son pupille. Le Ricercar Consort en livre une lecture théâtrale et attentive, plus vivante et mélodique que celle de ses illustres devanciers, parfois cependant au détriment de la déclamation et du pouvoir des syllabes.

La ritournelle introductive s’ouvre sur la plainte des flûtes à bec de Kees Boeke et Gaëlle Lecoq, précises et coulantes, peignant avec aisance l’éloquence de l’alouette et de la linotte (« Mark how the lark and the linnet sing »), contribuant à un climat léger que le tempo allant et la virtuosité légère du couple de contre-ténors (Carlo Mena et Damien Guillon, à l’émission très stable) accentue encore. Là où James Bowman et René Jacobs s’adonnaient dès les premières notes à une vaste déploration funèbre, Philippe Pierlot a opté pour un discours varié, illustrant au plus près la panoplie des affects du poème de John Dryden, contrastant les différentes sections avec à propos et élégance. L’alouette et la linotte poursuivent leur concours de chant avec une décomplexion narcissique dans la première strophe, se gorgeant des ornements, avant que les chanteurs ne plongent dans la plus terrible et misérable affliction, insistant sur les chromatismes jusqu’au malaise (The pow’r of harmony »).

Les airs qui complètent ce programme permettent à chacun des contre-ténors de se livrer ensuite à autant de miniatures, esquissant en l’espace de quelques mesures une couleur, une atmosphère, un affect. Carlos Mena déroule avec mélancolie son adieu dans « Here let my life » accompagné des accents poignants d’une viole lancinante et déchirée, soutenu par le théorbe égrenant les notes comme un glas. On ne redira pas inlassablement notre admiration pour la beauté d’un timbre d’une grande pureté, d’une émission très droite, d’aigus apparemment sans effort grâce à un changement de registre lissé. Qualités que l’on retrouve chez Damien Guillon, à la tessiture légèrement plus aigue et plus fragile (« Her charming strains » sensible en dépit de flûtes trop catégoriques). Mais la somme des parties ne faisant pas le tout, il faut surtout souligner le parfait équilibre résultant de la fusion des voix des deux contre-ténors, que ce soit dans l’ode funèbre de Blow, ou dans les airs « No, no resistance is but vain », virtuose et dynamique avec des changements de tempi bienvenus, et « Sweetness of Nature » plus extraverti.

Seul regret, la prise de son favorise fortement les flûtes à bec, en particulier dans les airs, jusqu’à rendre leurs interventions intrusives par rapport aux voix et au continuo.

Katarina Privlova

Technique : captation ample, un peu vaporeuse, avec les flûtes à bec prééminentes.