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« There is nothing either good or bad but thinking makes it so. » – William Shakespeare

Museor
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
15 mars, 2013

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Bad Guys

Amadigi di Gaula : « Pena tiranna », « Agitato il cor mi sento »
Ariodante : « Spero per voi, si, si », « Dover, giustizia, amor », « Se l’inganno sortisce felice »
Giulio Cesare in Egitto : « Belle dèe di questo core », « Domero la tua fierezza »
Ottone, re di Germania : «  »D’innalzar i flutti al ciel », « Bel labbro formato »
Tamerlano : « Vo dar pace a un’alma altiera »
Teseo : « Voglio stragi, e voglio morte », « Serenatevi, o luci belle » 

Xavier Sabata, contre-ténor

Orchestre Il Pomo d’Oro :

Violons I : Alfia Bakieva, Anna Melkonyan, Daniela Nuzzoli
Violons II : Boris Begelman, Joan Plana Nadal, Betina Pasteknik
Altos : Stefano Marcocchi, Enrico Parizzi, Giulio d’Alessio
Violoncelles : Christoph Dangel, Ludovico Minasi
Contrebasse : Davide Nava
Clavecin : Yu Yashima
Hautbois : Elisabeth Baumer, Shai Kribus
Basson : Anna Flumiani 
Premier Violon et direction : Riccardo Minasi

53’04. Aparté 2012. Enregistré au Convento dei Pavoniani, Lonigo (province de Vicence, Italie), du 25 août au 3 septembre 2012.

C’est un panorama original du répertorie haendélien que nous livre Xavier Sabata à travers ce récital « Bad Guys ». Il est en effet plus courant de mettre en avant les héros et les héroïnes affrontant avec détermination un destin crudel, peuplé de méchants qui s’opposent continuellement et par tous les moyens à leur bonheur. Or c’est précisément ces derniers qu’à choisi d’incarner le contre-ténor, qui sait bien que sa voix caractéristique endosse à merveille les habits de ces personnages a priori peu sympathiques, mais qui peuvent révéler à l’occasion des traits attachants. Il a choisi de s’appuyer dans sa démarche sur la direction originale de Riccardo Minasi à la tête de l’orchestre Pomo d’Oro, dont nous avons eu l’occasion de louer la finesse d’exécution et le sens des nuances dans le récital Venezia de Max-Emanuel Cencic, également enregistré à Lonigo.

De son timbre mat relevé d’une pointe d’acidité caractéristique, Sabata nous livre une interprétation très personnelle d’airs connus, et nous en fait découvrir également quelques autres qui le sont moins. Cette originalité est partagée par l’orchestre, qui a tendance à accentuer les nuances, et les variations de tempi, parfois démesurément allongés au-delà du naturel. Le récital est ainsi résolument marqué par un maniérisme que d’aucuns n’apprécieront peut-être pas, mais la beauté de la plastique sonore est indéniable.

Les airs les plus noirs ferment la marche de ce récital. La jalousie est bien présente dans le « Agitato il cor mio sento » (Amadigi di Gaula), elle alimente la verve de l’orchestre qui semble tout à son aise dans ce morceau d’apothéose finale. « Se l’inganno sortisce felice » (Teseo) est d’une noirceur marquée, les ornements fusent avec une profusion très naturelle, et le phrasé demeure très fluide malgré les scansions appuyées des cordes. Dans le même registre, le « Voglio stragi » (Teseo, air d’Egeo) aux puissants accents vindicatifs virevolte avec bonheur dans les ornements audacieux de la reprise. Le « Domero la tua fierezza » campe un Tolomeo (Giulio Cesare) conquérant et provocateur, qui se délecte de ses mélismes à la pensée de voir sa soeur humiliée (« umiliata ti vedro »). Dans le rôle du Polinesse d’Ariodante, le « Dover, giustizia, amor » se repaît avec volupté de la victoire prochaine, avec des ornements raffinés à souhait.

Mais les affreux ont aussi l’art de nous émouvoir, d’attirer notre pitié ou notre admiration, et Sabata excelle à ce petit jeu. C’est d’ailleurs le mérite inattendu de ce récital que de réhabiliter en quelques sorte les méchants. Comment ne pas frissonner aux accents bouleversants du « Pena tiranna », longue plainte éthérée ? Comment demeurer insensible au précieux « Serenatevi, o luci belle », du rare Teseo, probablement la plus belle découverte de ce coffret ? Ou au ravissement de Tolomeo dans une interprétation très personnelle du « Belle dèe di questo core » ? Ou à la pudeur exquise qui se dégage du « Bel labbro formato », chanté à la manière d’un ennui langoureux du plus bel effet ? On pourrait encore mentionner les ornements veloutés du majestueux « Vo’ dar pace » qui ouvre le récital, ou le charmeur « Spero per voi » (autre air de Polinesse) qui s’étire en de longs palpitements.

Mais n’en jetons plus ! Oui monsieur Sabata vos méchants nous ont conquis : ils ont leur place au panthéon haendélien, au même titre que les héros positifs. Et d’ailleurs que deviendraient les héros, si leurs désirs s’accomplissaient sans peine ?

Côté présentation, le CD est présenté sous une jaquette cartonnée, qui contient également un livret avec les paroles des airs en italien, français, et anglais, ainsi qu’une notice de Gabriella Oliveira Guyon, qui resitue le contexte de chaque air.

Bruno Maury

Technique : prise de son précise et claire, bien équilibrée entre la voix et l’orchestre.