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« Toi aussi, Minkowski ? »

Muse5
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Opéra
14 février, 2005

Georg-Frederic HAENDEL (1785-1759)

Giulio Cesare in Egitto

Dramma per musica HWV 17, en trois actes, livret de Nicola Francesco Haym d’après Giacomo Francesco Bussani. 

Marijana Mijanovic (Giulio Cesare), Magdalena Kozena (Cleopatra), Anne Sofie von Otter (Sesto), Charlotte Hellekant (Cornelia), Bejun Mehta (Tolomeo), Alan Ewing (Achilla), Pascal Bertin (Nireno), Jean-Michel Ankaoua (Curio).

Les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski,

3 CDs, Archiv, 2003, enr. live novembre 2001 au Wiener Konzerthaus.

Après la révolution Ariodante et l’excellent Hercules (Archiv), on attendait beaucoup de le sortie de Giulio Cesare par le maître grenoblois. Ce long opéra possède un livret peu conventionnel puisqu’il relate sous forme d’épopée héroïque les aventures égyptiennes de César chez le fourbe Ptolémée XIV et la douce Cléopâtre. L’œuvre, grâce à sa riche instrumentation, la remarquable qualité des tous les  airs et la finesse des personnages obtint dès sa création le 20 Février 1724 un succès mérité. Dans les années qui suivirent, il fut rejoué non seulement à Londres mais encore à Hambourg, à Paris ou au Brunswick.

Marc Minkowski imprime à son Giulio Cesare sa touche habituelle : vivacité et contraste des tempi sont au rendez-vous. Toutefois, la réalisation superlative de René Jacobs avec une Jennifer Larmore d’airain et une Barbara Schlick fragile presque à contre-emploi avait fixé la pyramide bien haut (Harmonia Mundi, 1991). Aussi, cet enregistrement qui bénéficie de solistes frisant la perfection a du mal à rivaliser avec celui du Concerto Köln qui faisait preuve d’autant de fougue mais dans le cadre d’une lecture à la fois plus acérée et plus nuancée. Il faut aussi garder à l’esprit les aléas d’une captation en concert, qui préserve l’homogénéité de l’arc dramatique au détriment de la perfection des prises.

Les Musiciens du Louvre dégagent ainsi une texture plus dense et terrienne par rapport au Concerto Köln. Energique et présent (cf. le premier air de César « Empio, dirò, tu sei ») l’orchestre pâtit cependant d’un empilement des pupitres et d’une différenciation des timbres plus confuse. Les violons du Concerto Köln étaient plus grainés, plus saillants, mieux définis (l’ingénieur du son y est aussi pour quelque chose). En outre, le continuo se révèle en retrait face aux noyau de cordes. Il faut également confesser qu’au moment de sa sortie, cette lecture au tempi équilibrés pouvait paraître sur-ornementée dans les reprises des airs alors que ce mouvement a fait école depuis : certains da-capos en deviennent méconnaissables tant ils croulent sous les trilles, les appoggiatures et autres fioritures si bien que l’orchestre semble même parfois dérouté par tant de changements de mélodie et de mesure. C’est le cas du « Se in fiorito » du second acte recomposé sous les cadences acrobatiques du violon et les prouesses vocales de Mijanovic. Jacobs était discret (trop peut-être) sur les ornementations des reprises mais Minkowski s’est laissé aller à la griserie jouissive de l’excès, ce qui n’est offre à cet épisode égyptien un soupçon de démesure épique qui plaira ou non à l’auditeur. En contrepartie, la trame narrative générale s’en trouve considérablement affaiblie et les récitatifs sont jetés en hâte dans l’attente du prochain air de bravoure.

Du côté des solistes se détachent un trio féminin qui fait oublier les réserves formulées vis-à-vis des choix interprétatifs et des sonorités de l’orchestre :  Magdalena KozenaMarijana Mijanovic et Anne Sofie von Otter campent dans l’étroit carcan de leurs airs des personnages généreux et tourmentés. Le César de Mijanovic, avec son timbre androgyne, ses graves bien assis, sa virilité dans les ornements et les notes détachées affiche d’abord  une caractérisation tout en vantardise guerrière, le torse bombé et le panache blanc au vent (« Presti omai » pompeux, « Empio dirò tu sei » acrobatique mais relativement narcissique).

Il manque à Minkowski une fraîcheur, une spontanéité et un naturel qui font tout le charme de la version de Jacobs. 

Et l’on ne peut s’empêcher de s’exclamer « cette fois-ci, il en fait trop ! ». Néanmoins, en dépit de ces réserves, l’enregistrement brille par son homogénéité et garde la marque d’une réalisation de grande classe.

Sébastien Holzbauer & Viet-Linh Nguyen

Technique : Bon enregistrement. Aucune remarque particulière.

Autres enregistrements recommandés: 
René Jacobs 1991 (Harmonia Mundi)
Christie DVD 2005 (Opus Arte) ;
Malgoire 1995 (Astrée)
Hickox DVD 1994 (Euroarts)

En savoir plus sur l’expédition de Jules César en Egypte