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Architecture : Coup de cœur pour… le Château de Courances

Publié dans : Actualités - Brèves
1 avril, 2011

© Muse Baroque, 2011

Halte-là, va s’écrier immédiatement le lecteur soucieux de minutie historique, car si la bâtisse d’origine avait été construite au milieu du XVI° siècle, les remaniements opérés au XIX° siècle la rendent suspecte en terme d’authenticité.

Mais laissez là votre méfiance, qui pourrait être justifiée dans bien des cas, mais pas à Courances. Prévoyez plutôt de vous rendre en ses lieux une fraîche après-midi d’avril, par exemple, après une giboulée qui a rendu l’atmosphère humide, pimpante et odorante. Franchissez le petit pavillon d’entrée : vous arrivez sur la grande allée pavée bordée de deux canaux de part et d’autre, dans lesquels se reflètent deux rangées d’arbres aux branches allongées au-dessus de l’eau. Face à vous, au bout de la perspective, le château, régulière masse où ressortent les briques rouge-rose et le bleu foncé des ardoises de la toiture. Déjà, le charme opère, vous êtes saisis par la magie enchanteresse des lieux, son calme lénifiant rompu seulement par les trilles de nombreux oiseaux.

Avancez jusqu’à la cour, flanquée de deux ravissants pavillons : certes le portail d’origine a disparu, mais ainsi le château se trouve désenclavé, et séparé du parc uniquement par des douves peu profondes qui en font le tour. Vous pouvez choisir de visiter le bâtiment, dont on ne vous montrera que quelques belles salles – le reste étant privé car Courances est une propriété familiale.

Cependant, la beauté du parc demeure le point essentiel de cette visite. Dans cet univers tout minéral et végétal, les perspectives s’ouvrent largement, bordées de statues et de fontaines, sautant de bassin en bassin. Autour de la maison s’épanouissent quelques massifs de fleurs aux couleurs vives, répondant à celle du château, tandis qu’un magnifique jardin japonais rutile au bout d’une allée latérale. Mais le reste du parc… une splendeur où se déclinent et se marient toutes les teintes de gris, beige et vert, reflétées dans les miroirs d’eau tantôt lisses, tantôt frémissants des longs canaux.

La terre de Courances fut acquise en 1548 par Cosme Clausse, Secrétaire d’Etat de Henri II, qui estima opportun de s’établir en une demeure voisine de celle du roi à Fontainebleau. Le château, fortifié à l’époque, fut bâti sur les indications du maçon Gilles Le Breton, qui travaillait également à Fontainebleau ; et la décoration intérieure fut exécutée par un élève du Primatice, Nicolo del Abbate. Les belles sources du domaine, savamment captées et aménagée, en faisaient déjà tout le prix et la beauté. Le roi Louis XIII y séjourna, enfant, en 1606, et fréquemment dans les années 1620 et 1630. Au milieu du XVIIème siècle, le château subit quelques transformations architecturales, voulues par la nouvelle famille de propriétaire, les Gallard. Ils y reçurent en 1678 la Marquise de Sévigné qui se rendait à Vichy pour y soigner ses rhumatismes. Par le jeu des diverses successions et alliances matrimoniales, le domaine échût à la famille de Nicolay à la fin du XVIII° siècle. Pendant la période révolutionnaire, le chef de famille et son fils aîné furent décapités et le château peu violenté mais mis sous scellés. Il ne revint dans la famille qu’en 1795, qui y resta peu.

Après quelques décennies d’abandon, le baron de Haber, banquier fortuné, devint acquéreur d’un château délabré et d’un parc redevenu sauvage. Aidé par l’architecte Hippolyte Destailleur et par le paysagiste Achille Duchêne, le nouveau propriétaire consentit de grands efforts pour rendre au château et au parc leur lustre d’antan, en y ajoutant au passage quelques « améliorations » architecturales qui finalement ne déparent pas de l’ensemble – ainsi cet escalier du porche à double révolution copié sur celui de Fontainebleau qui confère à la façade un certain cachet.

Voici le site officiel du château : http://www.courances.net  qui, certes bien illustré, ne remplacera jamais une visite…
Un bel ensemble d’aspect Louis XIII, qui servit de décor principal au – joli – film de Laurent Tirard, Molière (2006) (Ah, voir Romain Duris, toute soutane relevée, courir dans les allées du parc, poursuivi par un gros chien noir, passer par une fenêtre du rez-de-chaussée en un extraordinaire vol plané, et atterrir aux pieds de Laura Morante, impavide et ironique…).

H.T.