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« Trompettes de la Renommée, vous êtes bien mal embouchées »

Muse3
31 décembre, 2008

Alessandro SCARLATTI (1660-1725)

Alessando MELANI (c. 1639-1703)

Jan Dismas ZELENKA (1679-1745)

Airs et Cantates pour soprano, trompette et cordes 

Dorothea Wirtz (soprano), Wolfgang Basch (trompette)
Parnassi Musici

Etcetera, 2008 

Les airs pour soprano et trompette de cette fin de Grand Siècle n’ont guère eu de bonheur au disque. Judith Nelson en avait fait l’amère expérience voici déjà plus d’une dizaine d’années (Harmonia Mundi). D’une écriture légère et virtuose, ces pièces font appel à un effectif réduit, où l’essentiel se ramène à un impressionnant dialogue entre la voix et le martial instrument. C’est dire à quel point elles reposent sur l’alchimie et la dextérité des deux solistes. Savant dosage qui hélas fait défaut ici du fait d’une performance déséquilibrée.

Commençons par les aspects positifs, qui sont nombreux. On louera le belle tenue de Parnassi Musici qui affiche des timbres corsés avec des cordes bien charpentées, combinés à des attaques précises. La Sinfonia introductive d’Il Giardino di Amore de Scarlatti est interprétée avec justesse et grâce, avec un Largo suspensif du plus bel effet. Pareillement, le Concerto n°3 du même compositeur met en valeur les violons légers de Margaret MacDuffie et de Matthias Fischer qui pourraient cependant marquer plus fortement les temps forts, et laisser un peu plus s’étirer les phrasés. Le discours est galant et cursif, solaire et léger, d’un rire cristallin qui s’évanouit dans un adorable mouvement de tête.

Un détail vient hélas détruire l’harmonie entrevue, et réduire le jardin des délices en buisson épineux : il a pour nom Dorothea Wirtz. Avouons d’emblée que cette artiste nous est méconnue, et que nous ne saurions déterminer s’il s’agit là d’une contre-performance accidentelle ou non. Car la soprano possède ici un timbre plat, tiré jusqu’au cri dans les aigus, d’une acidité qui n’a d’égale que l’enchaînement scolaire des ornements. L’émission est instable, chevrotante, crispée, sans réelle projection. On écoute le Qual momorio giocondo ou le Quai bellici accenti de Melani, où la ductile trompette baroque de Wolfgang Basch (pourvue de trous dans le tube pour faciliter le jeu et corriger les problèmes d’intonation mais d’une facture historiquement douteuse) tente de dialoguer avec une partenaire transparente. Le Laudate pueri de Zelenka confirme cette impression peu flatteuse d’une chanteuse débordée par la partition. Et l’on en vient à regretter que Parnassi Musici n’ait pas enregistré un programme de concertos pour trompettes.

Amandine 

Technique : Bon enregistrement, aucune remarque particulière.