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Trop aristocratique…

Muse4
31 décembre, 2009

Claudio MONTEVERDI (1567-1643)

Scherzi Musicali

Liste des airs

Con que soavità
Ohimè ch’io cado
Sì dolc’è il tormento
Maledetto sia l’aspetto
Quel sguardo sdegnosetto
Eri già tutta mia
Ecco di dolci raggi
Et è pur dunque vero
La mia turca
Voglio di vita uscir
Più lieto il guardo
Perchè se m’odiavi
Lamento di Arianna

 

Emanuela Galli (soprano)
La Venexiana
Direction Claudio Cavina.
54’40, Glossa, 2009.

Il existe de ces petites « blagues » de très nombreuses versions au disque. La plus récente, sous la direction de Christina Pluhar en compagnie de Philippe Jaroussky et Nuria Rial a reçu un accueil parfois mitigé de la critique en raison de son côté jazzy très marqué et très original (Virgin). Celle de La Venexiana est un peu plus neutre, plus orthodoxe. Claudio Cavina revendique toutefois cette idée de musique légère associée à ces canzonette. Pour des musiciens dont toutes les versions des divers livres de madrigaux sont autant de références dans la discographie montéverdienne, ces Scherzi Musicali ne doivent donc être pris que pour ce qu’ils prétendent être, une récréation. Ce qu’elles étaient déjà pour Monteverdi qui les composa tout au long de sa vie, n’hésitant pas à expérimenter et innover mais tout en se distrayant. Elles permettent en tous de cas de comprendre combien il a fallu la conjonction de la rue et de la musique savante pour créer le chant monodique. C’est du mélange de la canzonetta  des rues à la mélodie facile et que chacun peut fredonner (Si dolc’e il tormento) et de la science du madrigal issu de la polyphonie qu’est né l’opéra. Ce chaînon indispensable à cette compréhension est représenté ici.

Claudio Cavina a constitué sa version des Scherzi Musicali autour des pièces rassemblées sous ce titre en 1632. Il y a rajouté des airs comme le Lamento d’ Ariana, ou bien Ohimè ch’io cado.

Ici, au-delà du plaisir des musiciens évident, rien ne se détache vraiment à l’écoute de ce disque, si ce n’est peut être un certain empâtement oscillant entre le blues et la chanson des rues dans Si dolc’è il tormento ou une tentative d’introduire un rythme syncopé dans Ohimè ch’io cado mais sans la fluidité qu ‘y insufflait Christina Pluhar.

Si son timbre est limpide et sa prosodie extrêmement précise, Emanuela Galli s’autorise plus de liberté et de nuances sur les tempi que sur des couleurs dramatiques ou mélancoliques. La Venexiana lui offre une grande clarté instrumentale et le charme de sa musicalité pour développer sa ligne de chant. La basse continue très riche, n’y est jamais lourde mais bien au contraire extrêmement délicate. Les théorbes, la harpe, la guitare baroque, tous sont des compagnons fidèles qui par un mot, une phrase apportent une douce éloquence, une poésie fleurie aux ornements de la chanteuse.

C’est le Lamento d’ Ariana qui conclue cet enregistrement. Les interprètes y semblent toujours plus en recherche d’une tendre émotion, travaillant plus sur les subtiles couleurs du chagrin que sur l’intensité dramatique.

Ce CD s’écoute avant tout comme si l’on se trouvait au milieu des musiciens s’accordant une pause musicale entre deux madrigaux « sérieux » ou durant un récital. Il est plein de charmes mais comparé à la version de Maria Cristina Kiehr et du Concerto Soave chez Harmonia Mundi, il souffre toutefois d’un manque de contraste entre les différentes canzonette.  La Venexiana reste indétrônable dans les livres de madrigaux, elle rend ici hommage au génie venu des rues, mais reste trop aristocratique pour en livrer les saveurs primaires que d’autres ont su y mettre. 

Monique Parmentier

Technique : claire et incisive favorisant l’équilibre instruments/voix.