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Un Bach méconnu

Muse5
27 février, 2006

Jean-Sébastien BACH (1685-1750)

Intégrale des Cantates profanes

 

Amsterdam Baroque Orchestra, Concentus Musicus Wien, Musica Antica Köln, Leonhardt Consort, etc…

Coffret Bach 2000, 11 CDs, Teldec, 2000 (disques également disponibles séparément)

On doit à la monumentale initiative de Teldec la « Valise Bach 2000″ qui célèbre les 250 ans de la mort du Cantor de Leipzig par l’intégrale discographique de ses oeuvres (excepté quelques chants du Schmelli Gesangbuch). 

Un des cubes modernes et disgracieux de cette remarquable discothèque est consacré aux cantates profanes de Bach. Ces dernières furent trop longtemps délaissées au profit de ses cantates d’Eglise. L’intégrale Harnoncourt-Leonhardt ne les a t-elle pas boudées ? Pourtant, ces drama per musica sont ce que le compositeur a laissé de plus proche de l’opéra, genre auquel il ne s’est jamais consacré. Œuvres de circonstances, commandées par des princes puis des bourgeois prodigues pour célébrer mariages et anniversaires, ces cantates n’étaient jouées qu’une seule fois. Bach les réutilisera d’ailleurs souvent pour ses offices à Leipzig en les parodiant, c’est-à-dire en changeant les paroles et en faisant quelques changements nécessaires (tonalité, orchestration). 

Loin d’être des créations mineures, ces cantates permettent à Bach d’écrire de façon plus libre. La cantate religieuse est d’abord une affaire d’affect, de climats, de tonalité. Ici, le compositeur peut « coller » au texte au plus près, lancer des traits humoristiques, révéler ses talents de compositeur de musique vive et légère. Certes, le contrepoint est bien présent, la mélodie toujours aussi fine et complexe mais il y a une touche espiègle, décontractée et rieuse chez ce Bach là. En un mot comme en cent, moins de profondeur et plus de naïveté joyeuse : la cantate de la chasse ose ces cors ébouriffants et celle des paysans offre des airs bien peu orthodoxes, sans parler de la cantate du café, chef-d’œuvre de drôlerie. Le seul sujet de ces trois cantates montre l’originalité à la fois du sujet et du traitement musical. Pour des œuvres plus anciennes, du temps de Köthen, la commande princière oblige au panégyrique et aux Dieux de l’Olympe.  Il est surprenant de constater le recours à de nombreux chœurs pour des pièces plutôt courtes (environ vingt minutes par cantate). S’agit-il là de l’habitude de composer des œuvres religieuses ? On ne saurait le dire, puisque la majorité des cantates religieuses datent de Leipzig. En réalité, ces chœurs semblent bien faire partie du vocabulaire affectif favori du compositeur.

L’interprétation est en grande majorité due à Ton Koopman, épaulé par Harnoncourt et Leonhardt. Le dernier CD comprend en bonus des extraits de cantates religieuses inspirées de leurs modèles profanes. Si l’on excepte un vieil enregistrement dirigé – ou plutôt malmené – par André Rieu et une tentative aussi pesante que malheureuse de Reinhardt Goebbels, l’ensemble est d’une très grande qualité. Tout au plus pourra t-on reprocher à Ton Koopman l’omniprésence envahissante du clavecin, signature habituelle du chef. Les chanteurs sont excellents, l’Amsterdam Baroque Orchestra suit avec grâce les contours ciselés et sensibles de la partition. Quant au Concentus Musicus et au Leonhardt Consort, ils sont au mieux de leur forme, même si l’enregistrement de Leonhardt d’il y a déjà vingt ans a été fait avec la voix exécrable d’Agnes Giebel

Mis à part ces quelques détails, l’intégrale s’avère magnifique. Les airs sont charmants et variés, l’orchestre joue sur le mouvement et les timbres pour compenser la faiblesse narrative des livrets. Les choristes sont tous bons. Que dire de plus, sinon « à se procurer d’urgence » ?

Viet-Linh Nguyen

Technique : Bons enregistrements sauf le CD 5 comprenant la désolante prestation d’Andre Rieu (beaucoup de souffle).