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Un bon coup de Ballet

Musemois
2 janvier, 2007

Giovanni Battista BUONAMENTE (1595-1642)

Balli, sonate & Canzoni

 

Monica Huggett (violon), Bruce Dickey (cornet), Paul Beier (luth & théorbe)
Ensemble Galatea 

Stradivarius, 2003.

Dès les premières secondes, l’on sent que l’on a affaire à un grand disque. Happé, entraîné, submergé par le violon plein et déchirant de Monica Huggett, l’auditeur frémit, troublé par la poésie et la douleur du paysage qui s’offre à lui. Deux autres violons font leurs entrées, en imitation, en dialogue, sans jamais s’imposer tandis que Paul Beier égrène son théorbe avec grâce, effeuillant les notes… Il ne faut cependant pas croire que l’Ensemble Galatea se morfond dans une approche d’une musicalité désespérée, dans un lugubre morbide qui fait frissonner. La Sonata Quinta « Poi che noi rimena » s’ouvre avec quelques accords de théorbe rebondis, prétexte à un duel de virtuosité solaire. Les reprises du thème d’abord imposé avec force, susurré timidement, scandé martialement permettent aux musiciens de faire preuve d’un art du phrasé et de combinaisons de timbres impressionnants. Les variations finales, avec force glissandi une basse continue mouvante troublent les sens. D’ailleurs, à l’image des troupes de M. de Condé, Galatea change souvent de formation et l’on retrouve théorbes, chitarrone, archiluths, bassons au détour des pièces, avec une nette prédilection pour les alchimies de cordes pincées. Ainsi le Balletto terzo est interprété par 2 luths, 2 théorbes un chitarrone et un archiluth ! Le Balleto primo propulse Paul Beier et d’autres cordes pincées sur le devant de la scène grâce à un art de cour d’une noblesse juste, enlevée mais digne, déclamatoire sans être pompeuse. De temps à autre, le cornet de Bruce Dickey fait une noble apparition, un rien pincée. Les aigus sont acides, mais la ligne souple et les diminutions aisées. . Sans citer une à une les œuvres, on avouera un penchant pour le basson bedonnant de la Sonata Prima a 3 qui se glisse comme un halo de brume derrière les arabesques de Monica Huggett.

Que dire de plus, sinon que la virtuosité omniprésente passe presque inaperçue, que ces sonates, ballets et danses des années 1630 possèdent encore une liberté formelle, synonyme de surprise et de quasi improvisation, que l’on ne retrouvera bientôt plus, et que ces magnifiques œuvres n’ont pas pris une ride ? Que dire encore sinon que le programme du disque privilégie les changements de climats, allie la vigueur rythmique aux épanchements élégiaques et qu’il faut absolument se le procurer pour bien commencer l’année ?

Viet-Linh Nguyen

Technique : prise de son très équilibrée avec des timbres excellemment rendus.