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Un bon tuyau

Publié dans : Concerts - Critiques - Festivals
23 mars, 2013

L’organetto médiéval, Guillermo Perez

Festival Passions Baroques à Montauban 2013

Fig. 1 : Pierre tombale de Francesco Landini à l’église San Lorenzo de Florence © Wikimedia Commons

Fig. 1 : Pierre tombale de Francesco Landini à l’église San Lorenzo de Florence © Wikimedia Commons

 

L’organetto médiéval (orgue portatif)
Conférence-concert de Guillermo Perez,  musicien, chercheur et directeur musical de Tasto Solo
Samedi 23 mars, espace des Augustins

Le lendemain, après une escapade instructive à travers les rues de la Cité, et la visite du remarquable Musée dédié à Ingres et Bourdelle qui hélas sort du champ de couverture de notre magazine, nous voici présents pour le passionnant exposé de Guillermo Perez, chercheur, musicien et directeur musical de Tasto Solo sur l’organetto médiéval.

L’instrument est sans nul doute familier à tout amateur de cathédrales ou d’enluminures, puisqu’on en retrouve une abondante iconographie, notamment aux XIVe et XVe siècles où il fut très utilisé en France et en Italie, probablement lors des processions (Fig. 2). Il s’agit d’un orgue portatif, communément à une ou deux rangées de tuyaux (voire plus) doté d’un clavier de deux octaves. Hélas, comme le rappelle Guillermo Perez, la matière est expérimentale, en dépit des sources iconographiques, et textuelles (achats, traités de facture…) car aucun exemplaire survivant de l’instrument n’est connu.

Fig. 2 : Livre d’Heures de Louis de Savoie, BNF, Ms lat 9473, fol. 76v © BNF

Le jeune chercheur choisit ainsi de faire partager dans un français chantant teinté d’accent, avec une humilité sereine, quelques représentations célèbres comme celles du compositeur aveugle Francesco Landini conservées à Florence. Dans la première, tirée du Codex Squarcialupi (Fig. 3), on y voit Landini jouant assis, jouant de l’organetto, la couronne ceinte de lauriers entourés de plusieurs instruments : flûtes à bec, cornets, vielles, luth. Dans la seconde, sa pierre tombale à l’église San Lorenzo de Florence, Landini joue debout (Fig. 1).

Fig. 3 : Codex Squarcialupi © Florence, Biblioteca Medicea Laurenziana, Med. Pal. 87

C’est donc avec une impatience non dissimulée que les participants ont attendu le volet du concert, d’autant plus que le soufflet, situé à l’arrière de l’orgue portatif, rend possible le contrôle subtil de la pression de l’air, rapprochant – en principe – l’organetto des instruments à vent par ses possibilités expressives. Nous ne cacherons pas que l’expérience fut moyennement concluante, et qu’il nous faudra probablement la réitérer, peut-être en évitant un jeu soliste. En effet, que ce soit sur l’organetto à un ou deux claviers, l’instrument s’est distingué par des possibilités assez limitées en termes d’articulations et par un timbre relativement terne, loin d’égaler les nuances d’une flûte. Peut-être à l’instar de ce que suggérait Marcel Pérès lors du colloque Les Orgues Gothiques: Actes Du Colloque de Royaumont (1995), l’organetto était-il une sorte de maquette pour la construction d’orgues plus grands ? Quoiqu’il en soit, l’intérêt musicologique lié à l’organetto est indiscutable, et les recherches encore à leurs débuts, si bien que l’on restera attentif face aux nouvelles découvertes et conclusion sur ce sujet.

© Guillermo Perez

Viet-Linh Nguyen

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