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Un clavecin qui en pinçait pour le luth (Bach, Baumont, Cité de la Musique, 13/03/2014)

Publié dans : Concerts - Critiques
22 mars, 2014

Johann Sebastian Bach

Suite ‘aufs Lautenwerck’ en mi mineur, BWV 996
Suite en la majeur, BWV 832
Prélude, Fugue & Allegro en mi bémol majeur, BWV 998
Suite en fa mineur, BWV 823
Präludium & Partita del Tuono Terzo en fa majeur, BWV 833
Praelude en do mineur, BWV 999
Partita en do mineur BWV 997

 

Olivier Baumont © Frédéric Guy

Olivier Baumont © Frédéric Guy

Olivier Baumont, clavecin Ruckers/ Taskin 1646/1780 (collection Musée de la musique), Lautenwerk de Willard Martin (collection particulière)
 
Jeudi 13 mars 2014, Amphithéâtre de la Cité de la Musique, 21h
Dans le cadre du cycle Johann Sebastian Bach – Les tempéraments

On ne s’attardera pas tant que ça sur le fameux Lautenwerk, à propos duquel les lecteurs trouveront un peu plus de matière dans la critique du disque paru pratiquement au même moment, et ces quelques lignes auront plutôt le mérite de rendre compte de ce concert double, puisqu’Olivier Baumont a choisi à la fois d’interpréter des pièces pour clavecin-luth ou luth sur une reconstruction de William Martin (1991) utilisée également pour le CD tout juste paru chez Loreley, et des suites sur un « bon vieux clavecin traditionnel » sur le même Ruckers que Béatrice Martin précédemment. Il faut avouer, par rapport au disque, que la sonorité de ce clavecin-luth paraissait moins équilibrée, ressemblant à une sorte de théorbe rebondi manquant de grâce, malgré la présentation enthousiaste et pédagogique de l’artiste. L’Allemande de la Suite BWV 996 s’avère toutefois d’une souple solitude, altière et désabusée, par le toucher d’Olivier Baumont, orfèvre-ciseleur, mais la Sarabande cursive, peu scandée, en devient presque badine, impression que le timbre résonnant et brouillon du Lautenwerk accroît. La Suite en do mineur qui conclut le concert permet toutefois à cet instrument étrange d’obtenir sa cour d’appel, et la clarté introspective entêtante du prélude de la Suite pour luth BWV 997, la Sarabande intense et un peu voilée, la fière Gigue puis le Double papillonnant réhabilitent un instrument rare et qui, avec les progrès des facteurs, pourrait pleinement retrouver aux côtés des clavicordes, virginal et claviorganum retrouver le chemin de la lumière.

Il faut bien évidemment mentionner aussi les autres pièces, desquelles on distinguera une Suite en la majeur précise et équilibré mais un peu trop quelconque (car pièce de jeunesse),  le Prélude et Partia BWV 833 désormais attribué à Pasquani tout aussi oubliable, et surtout un très beau triptyque BWV 998 doté d’une Fugue où Olivier Baumont excelle à souligner les lignes avec une ductilité résolue et des contrastes nets.

Viet-Linh Nguyen