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Un disque plein de vie

Muse5
31 décembre, 2005

Jean-Marie LECLAIR (1697-1764)

Intégrale des sonates du Quatrième Livre

 

Patrick Bismuth (violon et direction), Valérie Balssa (traverso = flûte allemande)

La Tempesta : Hélène Dufour (clavecin), Mathias Spaeter (théorbe), David Simpson, Lucas Guimaraes & Martin Bauer (violes de gambe)

3 CD – Zig-Zag Territoires – 2005

 

Un disque de Zig-Zag Territoires attire toujours mon attention, comme ceux d’Alpha ; et les points communs ne s’arrêtent pas là. En effet, les pochettes sont soignés, les livrets documentés – et ce coffret ne manque pas à la règle – la réalisation artistique souvent excellente et la prise de son tout à fait délectable. Telles sont les qualités qu’on a plaisir à retrouver ici avec Jean-Marie Leclair, compositeur considéré comme le fondateur de l’école française de violon. Mais vous n’aurez pas manqué de le remarquer : parmi les instrumentistes sont indiqués un violoniste et une flûtiste. Cela ne doit pas nous tromper, ni dans un sens ni dans l’autre… Notons que le nom du violoniste est écrit un peu plus gros que celui de la flûtiste. Égocentrisme ? Non, réalisme. Le livre IV de Leclair est avant tout une œuvre pour violon, jugez vous-mêmes : sur douze sonates, deux seulement sont pour flûte, tandis que les douze autres sont pour violon. Il n’empêche que ces deux sonates ne sont pas négligeables. La première est une sonate en mi mineur (Sonate II) d’une difficulté absolument redoutable (un flûtiste et violoniste amateur écrit ces lignes…) avec des suraigus difficile à obtenir de la belle manière avec un instrument d’époque. Mais Valérie Balssa s’en tire avec les honneurs, et on ne regrette ni n’attend avec impatience que le violon revienne, ceci malgré une justesse peut-être douteuse dans la Sarabande (CD1, piste 7) où il semble par ailleurs que les longues phrases aient perdu notre flûtiste en route : on ne comprend plus où l’on en est. Mais le reste est tellement irréprochable que nous pouvons pardonner.

Que dire sur Patrick Bismuth ? Son jeu est lui aussi irréprochable et se joue des difficultés techniques qui jalonnent ce recueil avec une facilité qui fait plaisir à entendre ! Le son est plein et rond, jamais agressif, les aigus n’ont pas cette stridence que leurs donnent parfois les instruments du XVIIIème ou les copies. Un point important : la virtuosité technique ne bouffe (passez-moi le mot) jamais le sens artistique de ces sonates. Une pointe d’inventivité manque par moment, lors, par exemple, de la répétition de motifs, mais on peut aisément comprendre que les autres difficultés l’aient emporté, et cela ne manquera sans doute pas à tout le monde. Enfin, on peut regretter aussi un jeu presque ironique dans certains mouvements lents (par exemple Sonate III, Sarabande ; CD1, piste 11) qui eurent sans doute gagné à une plus grande simplicité ; mais là encore, cela n’est pas dérangeant.

Mention spéciale pour le continuo (rappel : la basse continue, basso continuo, est la partie à jouer, le continuo est l’ensemble de musiciens qui le réalise ; par convention) qui sait se rendre présent et inventif, et qui assure un partie de la mise en atmosphère à n’être pas le sempiternel viole ou violoncelle-clavecin souvent servi dans la musique de chambre (cf. par exemple les sonates de Hotteterre par Sigiswald Kuijken, avec Wieland son frère et Robert Köhnen). La prise de son y est sans doute pour quelque chose, qui le met bien en valeur. Pour autant, il ne tire pas toute la couverture à soi : l’équilibre y est, et nous n’avons pas de reproche à lui formuler.

Au total, un disque qui s’écoute avec plaisir et qui sait varier les registres, plein de vie et de présence sonore.

Loïc Chahine

Technique : Beaux timbres.