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Un Hamburger qui se déguste

Muse4
Publié dans : CD / DVD - Critiques - Récital
31 décembre, 2009

« Dresden 1652″

Œuvres de Christoph BERNHARD (1627-1692) et Christian HERWICH (1609-1663)

Klaus Mertens (baryton-basse)
Hamburger Ratsmusik, dir. Simone Eckert

64’20, NCA, 2009

 

Bernhard et Herwich sont pour nous deux parfaits inconnus, et cet opus original consacré à la musique religieuse et instrumentale vers 1652 risque hélas fort de passer inaperçu dans les bacs des disquaires. Ajoutons à cela un enregistrement discret, doux, qui doit s’écouter plusieurs fois avant que son charme insidieux et désarmant n’agisse et vous obtiendrez la recette du disque confidentiel, réservé à une poignée de happy few… Qu’importe. Car ce florilège adroitement agencé bénéficie de la présence chaleureuse de Klaus Mertens, et d’un Hamburger Ratsmusik attentif et souriant.

Le livret, extrêmement fouillé, permet de se rendre compte du climat d’effervescence créatrice de la cour de Dresde en 1652, année des célébrations de l’union de la Princesse Magdalena Sibylla et du Duc de Saxe-Altenburg pour lesquelles Schütz composa son opéra Der triumphierende Amor. Et nos deux comparses dans tout cela ? Eh bien, c’est vraisemblablement au cours de ces festivités que Bernard, alors chanteur de la Chapelle et élève de Schütz rencontra Herwich, gambiste et luthiste de son état. Le titre de ce récital ne se propose donc pas de faire revivre les noces princières, mais constitue un clin d’œil au moment où 2 destins se sont croisés.

Simone Eckert a eu l’intelligence d’alterner les œuvres des deux compositeurs au talent inégal. Les chants religieux de Bernard, bien que les mélodies en soient un peu plus ciselées qu’à l’ordinaire, s’apparentent aux nombreuses prières protestantes de l’époque (telles celles que Bach remaniera dans le Schmelli Gesangbuch). Ils s’avèrent d’une écoute agréable, répétitive, grassouillette de sévérité carrée malgré la sensibilité d’un Klaus Mertens tout en retenue. Le timbre est chaleureux, plus baryton que basse, les phrasés simples et directs. On distingue en particulier « Die Sterbenden Lilien » d’une tristesse voilée, un « Gute Nacht ! Du eitles Leben » serein et un « Gott ist mein Schild » confiant où Mertens sait insuffler de la vie aux mots, sans se départir d’une extrême réserve qu’on ne lui connaissait pas chez Bach et qui est un peu dommage. La production instrumentale de Bernhardt, représentée ici par 3 suites, comporte d’élégantes variations pour violon et viole de gambe, qui restent cependant en deçà des œuvres  de l’élève de Schütz. L’écriture d’Herwich constitue en effet une symbiose réussie de consort élisabéthain mâtiné de tournures germaniques, réminiscentes de la Hamburger Ratsmusik de Brade (qui est justement aussi le nom de l’ensemble orchestral).

Hamburger Ratsmusik offre une lecture franche et rude des pièces, insistant sur le timbre grainé et profond de la viole, offrant un terrain de jeu à l’archet agile mais court Simone Eckert et de ses beaux instruments d’époque (1719 et 1730), notamment dans la Courante. Les violons d’Annegret Siedel et Renate Gentz (dont un Klotz 1769) apportent un peu de lumière d’Italie à la Sonate « La Chilana » et à l’Aria, pièces nettement plus extraverties et virtuoses avec leur cortège de variations. On sera en revanche moins convaincu par le théorbe d’Ulrich Wedemeier, précis mais peu suggestif.

Voici donc un programme sérieux, idiomatique d’une certaine esthétique luthérieno-calviniste, dont la gravité se déride parfois l’espace d’un moment pour rêver au-delà des mers ou des Alpes. A consommer avec modération.

Sébastien Holzbauer

Technique : prise de son naturelle, beaux timbres.