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Un mysticisme brûlant

Muse4
1 avril, 2007

Claudio MONTEVERDI (1567-1643)

Vespro della Beata Vergine


Paul Esswood, Kevin Smith (falsetti), Ian Partridge, John Elwes (Tenori), David Thomas, Chirstopher Keyte (Bassi)
Regensburger Domspatzen, Hamburger Bläserkreis für alte Musik, dir. Hanns-Martin Schneidt
Archiv, enr. 1975.

Les Vêpres à la Vierge de Monteverdi furent rarement enregistrées avec de seules voix masculines, et les circonstances de leur exécution, sans doute à Saint-Marc de Venise avec ses doubles tribunes, relativement peu documentées. Suivant la règle mulier tacet in ecclesia (les femmes se taisent dans l’église, pardonnez mesdames la traduction un peu rustre), Hanns-Martin Schneidt proposa voici plus de 20 ans cette interprétation d’une ferveur mystique, avec chœur d’enfants, et dont l’impact émotionnel est toujours aussi présent. Pourtant, il faut prévenir d’emblée les lecteurs que la musicologie comme la pratique instrumentale ont fait des bonds de géants depuis cette époque antédiluvienne de la révolution baroque : les cornets d’une redoutable aigreur pourront surprendre, le Magnificat chanté beaucoup trop haut par l’incompréhension du système de notation des chiavete aussi, sans compter les adeptes du « une voix par partie » défendu avec brio par Andrew Parrot. Toutefois, les deux versions du Magnificat (celle traditionnellement jouée et enregistrée possède une instrumentation plus étoffée) sont présentes sur le disque dans un intéressant souci documentaire.

Si cette lecture demeure encore recommandable, c’est en raison de l’admirable intériorité qui se dégage de l’ensemble. Privilégiant un continuo et une instrumentation austères et au plus près de la partition, Hanns-Martin Schneidt a tout misé sur l’expressivité des chœurs et l’investissement des solistes. Homogènes, massifs et rond, les chœurs relèvent plus de l’inébranlable monolithe que de la phalange agile et transparente. Très cadrés, bénéficiant d’une ampleur accrue par la réverbération de la captation, ils nous transportent aussitôt dans la froide pénombre d’une nef d’église. L’impression de puissance et d’humilité est renforcée par l’absence de voix de femmes qui confère une couleur remarquable rarement rencontrée dans cette œuvre. Les Regensburger Domspatzen signent là l’une de leur meilleures performances, avec l’enregistrement des motets de Bach. On retrouve dans les solistes les grands noms de Nigel Rogers, inimitable dans les trilles et autres virtuosités, Ian Partridge moelleux, John Elwes un peu nasal ou encore le très stable David Thomas.

Aux antipodes de l’italianité et de la splendeur d’un Savall (Astrée), du bouillonnement instrumental de la première version d’Harnoncourt (Teldec) ou de l’oratorio dramatique d’un Alessandrini (Naïve) cette version ancienne et volontairement archaïsante possède le parfum de l’encens, des soutanes et des bannières.

Katarina Privlova

Technique : ADD assez cotonneuse