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Un nouveau monde…

Museor
31 décembre, 2009

Jean-Philippe RAMEAU (1683-1764)

Les Indes galantes, transcriptions originales pour clavecin


Christophe Rousset (clavecin Jean-Henry Hemsch 1761)

63′, Ambroisie -  Naïve/Cité de la Musique, 2009.

Superbe idée que celle de cette nouvelle addition à la collection Ambroisie – Naïve en partenariat avec la Cité de la Musique, qui permet aux mélomanes d’entendre les trésors que recèle le Musée de la musique (avec une notice très instructive dévolue à l’instrument). Christophe Rousset est tout à Rameau ces temps-ci. Après l’avoir applaudi chez Zoroastre et dans un récital consacré aux œuvres lyriques de Jean-Philippe, cette parution bienvenue des transcriptions des Indes Galantes pour clavecin seul (mollement défendue par Kenneth Gilbert chez Harmonia Mundi) vient confirmer les affinités du claveciniste avec cette musique vive, rythmiquement très marquée, d’un raffinement sous lequel se cache une once de brutalité noire. Rousset livre une version multicolore et très personnelle de ses Quatre concerts et « Nouvelle Entrée : Les Sauvages » publiés chez Boivin, et où le compositeur a su métamorphoser les textures orchestrales avec une science qui laisse parfois pantois tant les pièces sonnent « idiomatiques ».

Dès l’Ouverture, les auditeurs reconnaîtront le style de Christophe Rousset, Rousset, cette force envahissante, ce tsunami clavecinistique au toucher d’une fierté insolente, tranchant comme l’acier, d’une précision millimétrée, avec cette manière particulière de créer une épaisseur par l’accouplement violent des deux lignes (Air Polonais par exemple). Les tempi sont brossés avec allant, hédonistes jusqu’à l’ivresse, emportant les notes dans un tourbillon cristallin grisé par sa danse et ses couleurs. Ces Indes galantes sont celles de l’excitation, du plaisir, de la frénésie, bien loin de certaines interprétations beaucoup plus mesurées et curiales. Mais il serait erroné de songer que Rousset se complait dans une épuisante démonstration de virtuosité (et pourtant, quelle ductilité !), car l’artiste sait jouer des silences, esquissant tendrement la Musette en rondeau dans un demi-sourire qui pousse à tendre l’oreille, caressant d’un tintement l’Air gracieux pour les Amours aux trilles un peu trop réguliers, retenant avec hésitation l’Air tendre pour la rose, presque à contrecœur. Le Rondeau gracieux, d’une timidité couperinienne s’imagine le yeux tournés vers le sol et la moue gênée…

Pourtant, le claveciniste est encore plus convaincant dans le mouvement, tel un Tiepolo ou un Fragonard capturant la spontanéité déferlante de l’instant. Ecoutez le martèlement insensé de l’Air pour les Guerriers, martial et bombant le torse de ses graves appuyés, cette Gavotte pour les Fleurs carrée et dansante plus que galante, et bien sûr ces Tambourins dignes presque rageurs qui suivent des Rigaudons troussés d’une main irrésistible.  Les ornements sont jetés avec mordant (sans jeu de mots), les articulations souvent ironiques dans les reprises. Une heure est déjà passée lorsque l’on surprend des le fameux Air des Sauvages claudiquant autour du totem, assuré et vif. Il ne manque à ce Rameau-ci qu’une once de poésie et de sensualité, mais l’on ne peut qu’admirer l’opulente Chaconne conclusive, presque orchestrale dans ses timbres, où l’on se surprend à battre du pied. Et l’on se dit, un peu tard, qu’il y avait en réalité 2 grands artistes dans cet enregistrement : Christophe Rousset et un certain Jean-Henry Hemsch, facteur de son état.  

Katarina Privlova

Technique : prise de son claire et précise, mettant bien en valeur le superbe instrument

  1. One Response to “Un nouveau monde…”

  2. […] avec lui. Si bien que l’on se rattrapera bien vite avec les débordements énergiques de Christophe Rousset (Ambroisie) autrement plus […]